Maskichhap

Le réseau d'adduction d'eau

Le projet qui nous est soumis en ce mois de janvier 2014 concerne le village de Maskichhap, situé en amont et à l'est de la zone de captage des eaux de Gorkha.

La population de Maskichhap est dispersée en hameaux de 5 à 10 maisons. Au total, il y a 66 maisons, abritant 430 personnes.

L'approvisionnement en eau dépend de 2 fontaines distantes d'une demi-heure de marche. L'eau est transportée dans des récipients de 10litres, des "gagri".

Les femmes cherchent l'eau à la fontaine et doivent faire plusieurs trajets quotidiennement : elles y passent environ 3 heures tous les jours.

Le projet initial est de prélever l'eau de trois sources, dont le débit est de 0,35l/seconde, soit 30m3/jour, de la collecter dans un premier réservoir, de 20m3, puis, grâce à une station de pompage, de la monter dans le 2ème réservoir situé en amont de la zone de distribution. Il y a 1,17km de la source au réservoir du haut et 2kms de tuyaux sont nécessaires au réseau de distribution.

Les bénéfices attendus pour les villageois sont, outre un gain de temps énorme pour les femmes, une meilleure irrigation de leurs champs. Car l'eau, après avoir été utilisée pour les besoins de la maisons, sera déversée dans les champs.

Grâce au confort apporté, les villageois devraient moins avoir tendance à partir à Gorkha ou Kathmandu. L'exode rurale s'en trouverait ralentie.

L'eau sera payante : il y aura des compteurs de consommation, ce qui permettra de financer la maintenance.

Pour des raisons techniques, le projet n'a pas pu démarré en 2014 et, en 2015, le village a été très touché par le séisme, remettant ce projet sine die.

En janvier 2016, les habitants déblaient encore et commencent à reconstruire. Ils sont toujours intéressés par la construction du réseau d'adduction d'eau et un nouveau dossier a été rédigé par Mr Bohara, ingénieur. Son coût est plus élevé, notamment parce que l'eau doit être captée bien plus bas, bien plus loin que les sources initialement pressenties.

Conscients des limites de nos compétences et de nos ressources, nous avons alors la chance de rencontrer l'association Aleaugémeau, experte dans ce domaine, membre elle aussi du collectif inter associatif "Humanis".

Les membres de cette association ont été enthousiasmés par ce projet et ont effectué le voyage sur place afin d'évaluer sa faisabilité et, le cas échéant, de le finaliser.

Accompagnés du Dr Clotilde Gauchan, qui vit au Népal depuis une trentaine d'années et qui est membre de l'association AFPN, l'équipe d'Aleaugémeau s'est rendue à Gorkha et à Maskichhap.

Sur place, ils ont rencontré Mr Badri Maskey, correspondant d'AFPN depuis plus de 20 ans et président de la toute jeune association népalaise Integrated Development Center Nepal, qui a pour mission la supervision des travaux et la formation technique des responsables de la maintenance.

Ils ont aussi rencontré les membres du comité de l'eau de Maskichhap, "Jamune Drinking Water & Sanitation Users Committee's", ainsi que l'ingénieur et l'entrepreneur. Tous les partenaires du projet ont visité la source et les différents emplacements où seront construits les réservoirs.

La population a chaleureusement accueilli toute l'équipe.

Les discussions ont été fructueuses, les différents coûts établis ainsi que l'agenda des travaux. La convention de partenariat entre IDCN, Aleaugémeau et AFPN a été signée.

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Depuis... les travaux ont commencé ! (photos en date du 26 décembre 2016)

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d'autres photos sur le site d'Aleaugemeau Solidarité ...

 

et le suivi du chantier, en mars 2017, de Laurence et Fréderic Riehle, au cours de leur voyage au Népal ...

 

13 Janvier 2018 - L'Inauguration

Nous commençons par nous rendre à la station de prélèvement de l'eau, localisée dans un petit val étroit situé à 200m en contrebas du village. Nous sommes accompagnés par Mr Binod Khanal, le maître d'oeuvre, qui nous explique que son entreprise a du préalablement construire gratuitement les pistes nécessaires au chantier.

La station du bas comprend la source, placée à quelques dizaines de mètres en amont, équipée d'un collecteur, d'une évacuation de trop-plein, d'une vanne et d'une canalisation conduisant au réservoir du bas. Le réservoir fait 25m3.
La canalisation afférente passe par un filtre (AZUD) destiné à éviter l'arrivée de boues et de résidus végétaux dans le réservoir. La canalisation efférente passe par une pompe qui propulse l'eau jusqu'au réservoir du haut, quelques 250m en amont.

Attenant à cette pompe se trouve un local technique, couvert de panneaux solaires destinés à procurer l'électricité permettant son fonctionnement.

Les mois d'hivers, les panneaux fonctionnent 8h par jour, les mois d'été, 10h par jour.

Un technicien, Mr Anil Rana, gère la station du bas. Ses horaires vont de 10h du matin à 3 heures de l'après midi.

Puis nous remontons au village et nous nous rendons au réservoir du haut, lui aussi d'une capacité de 25m3. De là partent 4 volumineux tuyaux qui desservent chacun une zone différente du village. La distribution de l'eau est limitée à 3 heures le matin et 3 heures l'après midi. Elle permettrait de fournir au maximum 600 litres d'eau par jour par foyer, soit de multiplier par 7 la consommation d'eau par rapport à "avant". Mais cette consommation n'est pas atteinte. Chaque maison possède un réservoir de 1m3 qui lui permet de stocker l'eau et d'en avoir en permanence à disposition.

Nous relevons quelques compteurs : 27m3, pour les 8 premiers mois de mise en service pour la première maison (soit 115 litres/jour en moyenne), 64m3 pour la deuxième : cette surconsommation relative est expliquée par la reconstruction d'une maison en béton, technique qui nécessite beaucoup d'eau. 11M3 à peine pour la 3ème, dont le propriétaire est souvent à Kathmandou...

L'eau est facturée mensuellement 250 rps les 5000 premiers litres, plus 30 rps chaque m3 supplémentaire.

63 maisons (sur 77) sont branchées sur le réseau, ce qui garantit un financement de 15750 nrps tous les mois, destiné au salaire du technicien de maintenance et à celle-ci. Il y a en outre 1 fontaine alimentée par le réseau. Les anciennes fontaines du village sont branchées sur d'autres sources, à peu près taries.

L'inspection étant terminée, nous sommes conviés à déjeuner d'un bon daal-bhaat très convivial, puis prenons place avec les représentants du comité de l'eau du villages, d'IDCN et des politiques locaux sur l'esplanade, sur laquelle une fontaine a été construite et où se déroule la cérémonie d'inauguration. Celle-ci dure des heures, de nombreux notables se succédent pour des allocutions plus ou moins longues, plus ou moins pertinentes. Françoise, en tant que représentante d'AFPN et d'Aleaugémeau n'échappe pas à l'obligation d'un petit discours en népali, (au cours duquel elle félicite le Comité de l'eau, IDCN, le maître d'oeuvre et les ouvriers, explique les buts spécifiques d'AFPN et la place d'Aleaugémeau dans la réalisation du projet).

Différentes danses locales s'intercalent entre les discours.

Puis nous coupons cérémonieusement le ruban permettant l'accès à la fontaine et ouvrons le robinet.

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Après quoi, nous sommes tous conviés à danser. Puis des cadeaux sont remis à différents membres de la communauté, et à nous aussi (un "topi"). Enfin, nous sommes invités à partager un dernier en-cas auquel participent tous les villageois. La liesse exprimée par ceux-ci est bien réelle, tous remercient abondamment pour cette eau arrivant au robinet sans qu'on n'ait plus besoin de la chercher et de la porter "gagri" après "gagri".

Enfin, le soleil disparaissant derrière les crêtes, nous prenons la route du retour.

Certes les travaux du réseau sont achevés, mais des améliorations sont encore en cours.
D'une part, le filtre à sable a été rajouté après coup. Un système de purification par chloration s'avère nécessaire afin que l'eau soit potable au robinet et doit être installé. Enfin, seule l'usage au fil des temps (chrono et météorologique) dira si les panneaux solaires sont suffisants ou s'il convient d'adjoindre un groupe électrogène pour faire fonctionner la pompe.

Le budget n'est donc pas clos et nous comptons sur nos amis d'Aleaugémeau pour compléter le financement.

(Une excellente bière "népalaise" doit être brassée prochainement à Obernai et vendue au bénéfice du projet).