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Voyage au Népal, fév / mars 2015


 

Cher(e)s Ami(e)s,

 

Voyage effectué du 20 février au 15 mars 2015 par Isabelle Combeau, Chantal Decock, Françoise Halbwachs, Isabelle Wimmer auxquelles se sont jointes Jo Befort et Carole Leblanc, sur leurs propres deniers, bien sûr.

 

samedi 21 février 2015 : Notre guide, Ganesh, nous accueille à l'aéroport et nous conduit à l'hôtel UTSE peu avant la nuit. C'est le nouvel an tibétain et l'autel dressé dans la salle d'accueil est richement décoré. Des offrandes diverses, gâteaux et "snickers", s'étalent devant la photo du Dalaï Lama.

 

dimanche 22 février : Nous prenons le bus de 6h pour Jiri avec Clotilde. Nous faisons une belle pause "panorama" sur une crête aérienne, suspendue entre ciel et terre.

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Nous parvenons à Jiri et nous nous rendons à l'école après avoir laissé nos sacs à l'hôtel Gauri Himal. Nous y sommes accueillies par Mr Ram Hari Khanal, le Principal, et Mme Susma Lama, une jeune enseignante. Nous croisons aussi des étudiantes qui terminent leur 1ère année. Leur uniforme, qui jusqu'alors était un sari bleu pâle, est désormais un "pendjabi" blanc, bien plus pratique.

Mr Khanal nous informe que 90% des élèves issus de l'école technique (toutes branches confondues) trouvent un emploi correspondant à leur compétence. Un volontaire canadien est en train de mener une enquête et le rapport définitif nous sera envoyé.

Ensuite, Mr Khanal nous dit aussi que le choix des 20 boursiers ne pose pas de difficultés à l'équipe enseignante et que la période d'observation a été en fait ramenée à 3 mois au lieu des 6 prévus initialement. Il nous demande en outre d'augmenter le montant de chaque bourse de 1500Nrps à 3000Nrps par mois, durant les 5 mois d'OJT, stages extériorisés au cours desquels les étudiantes doivent faire face à des dépenses supplémentaires.

Puis il nous fait visiter la salle des TP : il nous montre les mannequins Susana et Johana, sur lesquels les élèves apprennent à faire des toilettes et dont les bouches sont désormais très abîmées à force d'avoir été astiquées. Il nous fait une demande explicite d'achat de deux mannequins pédagogiques "mamanatalie". Nous décidons d'en faire le thème de notre participation à la bourse au projet organisée par Humanis.

Enfin, je remets à Mme Lama 2 des hystéromètres fournis par de généreux collègues : ils vivront à Jiri une deuxième vie dans le cadre de l'enseignement.

 

lundi 23 février : Nous rentrons à Kathmandu en minibus, réputé plus confortable et plus rapide que le bus ; ça semble évident, pourtant c'est l'inverse. Les minibus sont d'affreux "tape-cul", plus lents de surcroit. Les arrêts ont été plus nombreux, permettant aux passagers l'achat de légumes à Moïnapokhari, de poissons fumés au pont de la Tama Koshi, de fruits et de gâteaux encore ailleurs.

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mardi 24 février : Nous nous rendons à la clinique She-Chen avec Clotilde. Il s'agit d'une part de transmettre de vive voix la proposition du Dr Wolff de venir 1 à 2 semaines avec son prothésiste pour former le dentiste de la clinique à une technique de soins spécifique et d'autre part de voir si la clinique propose elle-même des formations destinées aux infirmiers des dispensaires. Le directeur népalais de la clinique ne peut nous recevoir et la clinique ne donnera pas suite.

Après le déjeuner, nous rentrons à Thamel à pied, à travers la ville. Nous passons ainsi par différents quartiers, empruntant de larges rues calmes et dégagées. Après avoir traversé la Bagmati, fleuve sacré désormais nettoyé, nous apercevons des petits temples délabrés tout-à-fait charmants. Puis nous nous enfilons dans des venelles improbables zigzagant entre des immeubles résidentiels avant de retrouver les avenues encombrées, enfumées et bruyantes.

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mercredi 25 février : Départ pour Aarughat.

Nos accompagnateurs sont Ganesh, son frère Pal Man, Tekke, le cuistot du trek de 2010, et Kimi.

Kimi est un homme jeune qui a travaillé en Malaisie, dans une usine. Il a été grièvement brulé au thorax et au bras droit par du plastique en fusion. Il dit qu'il a été bien soigné, et, au vue de sa cicatrice et des séquelles fonctionnelles, on peut penser que sa blessure était potentiellement léthale. Les chaires entourant l'humérus droit ont été brûlées avec les nerfs permettant les mouvements de la main et des doigts. Il compense remarquablement son handicap et porte les mêmes charges que ses collègues. Les Malais ne sont pas les pires des employeurs. Chinois et Emirati remportent ex-aequo la palme du cynisme en la matière : les ouvriers étrangers sont là pour travailler, et dur, pas pour être soignés. S'ils sont blessés et impotents, ils sont renvoyés immédiatement chez eux, quel que soit leur état.

Le jour se lève vers 6h, alors que le bus s'en va. Jusqu'à Dhading, ça roule plutôt bien, la route est macadamisée. Pause d'une demi-heure afin de contrôler la pression des pneus et de les regonfler. La rivière qui traverse Dhading est encombrée de divers emballages en plastique : la gestion des ordures ménagères est réellement très problématique et nous conforte dans notre décision de remporter en France tous nos déchets non dégradables.

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Après Dhading, c'est parti pour 4 heures d'une piste défoncée infernale à escalader puis descendre le massif montagneux qui nous sépare d'Aarughat.

Arrivées à destination à 14h, nous nous rendons à la clinique où Santosh exerce la médecine depuis 8 mois maintenant. C'est une clinique privée localisée sur deux sites. Le premier site est dévolu aux consultations et à la délivrance des médicaments. La salle de consultation est équipée d'un échographe. Le deuxième, situé non loin du premier, est réservé aux hospitalisations et comprend une salle d'accueil des urgences, une salle de petite chirurgie, 2 salles d'hospitalisations avec 3-4 lits dans chacune d'elles, 1 laboratoire équipé d'une petite centrifugeuse et d'un microscope. L'équipe soignante est constituée par 1 médecin omnipraticien, Santosh, 1 infirmier CMA "in charge", 2 sages-femmes ANM, 1 laborantin et 1 pharmacienne.

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Santosh nous accueille chaleureusement et nous exprime sa gratitude envers AFPN, qui a financé une partie du coût de ses études, en nous offrant de belles écharpes d'accueil en nylon coloré. Ces écharpes sont à la mode depuis quelques années et remplacent les colliers de fleurs (oeillets d'Inde) traditionnels. Elles sont jolies, moins salissantes mais moins "écolos" : les colliers finissaient sur les rambardes des ponts ou sur les "chautaras" où ils retournaient à la terre ; les écharpes sont parfois aussi accrochées sur des monuments - mais ne s'y dissolvent pas.

Santosh a un très beau sourire et ses collègues confirment qu'il est très apprécié tant par les patients que par eux-mêmes. Nous lui remettons une partie du matériel offert par nos généreux collègues : les portes aiguilles longs, 3 des hystéromètres, des pinces à griffes et sans griffes, des pinces "ciseaux" droites et courbes.

Puis nous repartons et, après une rapide mais roborative soupe aux nouilles, quittons Aarughat vers 15h45. Nous parvenons à Arkhet vers 17h15 : il fait chaud, nous avons bien transpiré, la douche froide est bienvenue.

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jeudi 26 février : Lorsque nous partons, le ciel est couvert et il se met à pleuvoir. Nous remontons le long de la Boudhi Gandaki par la large piste puis, à Séti Khola, nous obliquons et prenons l'étroit sentier qui grimpe vers Lapu.

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Nous faisons une pause déjeuner dans le village de Bhirgunj, puis nous repartons et atteignons Lapu vers 16h30.

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Il y a eu de grands changements : le dispensaire dont AFPN a en partie financé la construction en 2011 n'existe plus. A sa place un nouveau dispensaire a été construit par Maili, une association suisse. Mais ni cette association ni l'AFPN n'ont été informées de l'existence et du travail réalisé par l'autre association. Ce dispensaire comprend 3 pièces. Une infirmière CMA (c'est la même qualification que Jit Bahadur Sunar, l'infirmier CMA dont AFPN a financé en partie ses études et auquel AFPN alloue une indemnité mensuelle pour son travail sur place) a été nommée à titre temporaire (3 mois reconductibles). (Seuls les CMA ayant réussi le "loksewa", concours d'accès à la fonction publique, très difficile, sont nommés en CDI). Cette infirmière est originaire de Gumda. Jit travaille dans le dispensaire lorsqu'elle n'y est pas. Parallèlement, il est employé comme vaccinateur dans les environs, pour des indemnités variables, 3 à 4000Nrps par mois.

Nous posons nos affaires dans le nouveau lodge du village, auquel des toilettes ont été adjointes. Pas de réception par le Comité de Santé : nous avalons un thé noir puis nous nous rendons au dispensaire où nous sommes accueillies par Jit, Dhan Maya Sunar, la technicienne de surface qui tient le dispensaire propre et Man Maya Gurung, l'infirmière CMA "temporary", nommée dernièrement par le gouvernement.

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Nous remettons quelques uns des outils donnés par nos généreux collègues puis, tandis que des femmes servent thé et biscuits aux autres membres de l'équipe, je discute avec Jit dans le crépuscule tombant.

Il souhaite continuer à travailler à Lapu, avec Man Maya Gurung, et de fait, ils ne sont pas trop de deux.

 

vendredi 27 février : Nous partons tranquillement à Gumda par un beau soleil ; nous y parvenons vers 14h. Chemin faisant, nous avons traversé une forêt parfumée et rencontré de jeunes garçons qui cueillaient des morilles.

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Nous avons appris par Clotilde que l'aide infirmier pour lequel AFPN finance une indemnité mensuelle de 3000Nrps, a quitté Gumda en Octobre, soit depuis 4 mois et une ANM "temporary" est actuellement en exercice au dispensaire de Gumda, ainsi que deux autres personnes dont je ne connais pas les fonctions respectives. Le dispensaire de Gumda ne justifie donc plus d'une aide d'AFPN.

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Nous remettons à Dil une partie des instruments fournis par nos généreux collègues.

 

samedi 28 février : Nous partons dès 7h pour le Darche Danda. C'est le chemin le plus court pour aller à Gorkha, c'est aussi le plus sportif puisqu'il s'agit de traverser une magnifique crête qui passe par le sommet du "Darche Hill", à 3200m d'altitude.

Il fait gris mais le plafond est très haut, au dessus des cimes environnantes qui sont bien visibles : d'ouest en est, massif du Manaslu avec le Boudha Himal, massif du Ganesh Himal. Nous montons régulièrement, traversons les terrasses cultivées, parvenons dans la jungle, décorée par les rhododendrons en fleurs et parfumée par les fleurs des "lokhtas", ces arbustes dont l'écorce sert à fabriquer le papier dit "de riz" et dont les fleurs ressemblent à du jasmin.

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Parvenus à une altitude avoisinant 3000m, nous traversons des plaques de neige verglacée. Nous croisons des autochtones venus faire pâturer quelques vaches ou chercher du bois.

Au bout de 5h1/2 de marche, nous parvenons sous le sommet et nous pique-niquons de bon cœur. Un petit saut au sommet permet de se rendre au temple dédié à Shiva, petite cahute ornée d'une image du dieu et de fleurs de rhododendrons éparpillées en offrande.

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Un groupe de jeunes gens pique-nique près du temple. Ce sont visiblement des "touristes", des citadins de la classe moyenne émergente népalaise.

Commence alors une longue descente qui nous mène en 5h à Thoreni, où nous faisons halte pour la nuit. Nous logeons chez l'habitant, dans des conditions assez rustiques, bien qu'après tout les toilettes à la turque soient fort convenables. Il y a eu ces dernières années de gros efforts pour que les régions soient "open defecation free", c'est-à-dire déclarées comme étant équipées de WC dans toutes les demeures.

 

dimanche 1er mars : Pour atteindre la route de Gorkha avant le passage du bus qui part d'Aarughat à 9h... il nous faut quitter Thoreni avant 5h30. Nous partons dans la nuit après avoir avalé un verre de thé. Nous marchons en éclairant le chemin avec nos lampes frontales. Kimi connait le parcours ; nous nous renseignons aussi auprès d'autochtones que nous croisons et qui marchent dans le noir (je me demande bien comment ils font pour s'orienter, pour ne pas trébucher). L'aube nous surprend alors que nous remontons vers la crête est du Daune Danda. Nous la longeons : elle est extrêmement aérienne mais superbe. Puis nous descendons vers Deurali que nous atteignons à 9h. Nous marchons ensuite à flanc, le long de la route, jusqu'à Lamagaon puis Gyampesal où nous nous arrêtons vers 10h15. Il est temps de déjeuner ! Quelques "samosas" font l'affaire.

Tout en déjeunant, nous nous rendons compte qu'un groupe de 7 personnes comme le nôtre a peu de chance de pouvoir monter dans un bus déjà plein : nous décidons alors d'appeler un taxi de Gorkha, un gros et confortable 4x4, qui nous y emmène tous. Bien nous en prend car, à peine sommes nous casés dans le taxi qu'il se met à pleuvoir à verse. Nous nous embourbons, nous dérapons : la latérite mouillée forme une couche glissante comme du verglas. Le chauffeur est habile et nous parvenons sans encombre à Gorkha.

Il pleut sans discontinuer, comme en mousson, mais il fait plus frais : 12°C en journée.

A l'hôtel où nous logeons, nous rencontrons par hasard un notable de Maskichhap, un ancien Gurkha, qui m'explique que le projet d'adduction d'eau est en panne parce qu'une des sources s'est tarie. Toutefois, une autre a été trouvée et le projet devrait être relancé.

Nous nous couchons tôt. Il pleut toute la nuit et le lendemain encore.

 

lundi 2 mars : Pluie diluvienne et tempête de vent !

Bismaya et Abita, qui sont en stage extériorisé à l'hôpital de Gorkha, nous rendent visite afin que nous leur remettions les enveloppes que Clotilde m'a confiées pour elles. Elles nous proposent de visiter l'hôpital et rendez-vous est pris pour l'après-midi.

C'est un hôpital important pour un hôpital de district. Le service d'accueil d'urgence comporte 5-6 lits. Il y a plusieurs salles de 8-10 lits chacune, dévolues aux maladies infectieuses, à la chirurgie générale, à la pédiatrie. Le plateau technique comprend un laboratoire permettant des examens biologiques sanguins et urinaires et des instruments de radiographie. Il y a aussi un service d'obstétrique, mais les accouchements sont moins nombreux depuis que les dispensaires se développent dans l'arrière-pays.

Après quoi, nous nous rendons chez Badri où nous rencontrons les boursier(e)s "CMA" et l'étudiante "assistante laborantine". Badri me remet les lettres qu'elles ont écrites et qui sont pour la plupart de touchantes professions de foi.

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mardi 3 mars : Le temps est toujours couvert. Accompagnées par Badri, Ganesh, Pal Man, Tekke, Kimi, nous partons à pied à Bunkot.

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La route est goudronnée jusqu'à l'embranchement vers Aarughat, puis c'est une piste qui chemine grosso-modo à flanc, à plat. Alors que les nuages se dissipent, laissant la place au soleil, nous arrivons en contrebas de Mokeïpur.

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Un comité d'accueil nous attend et nous emmène dans le centre du village, où la population entière est regroupée. Colliers de fleurs, tikka, discours, chants, danses. Clairement, les villageois nous sollicitent pour le financement d'un réseau de distribution d'eau. En effet, la source principale est située sur l'autre versant, 220 mètres en contrebas, à 2 heures de marche. Le manque d'eau est tel que de nombreuses toitures sont équipées de gouttières afin de recueillir l'eau de pluie. Le projet est estimé à 1 korod , c'est à dire 100 lakhs, dont 70 restent à la charge de la communauté (1 lakhs = 1000€). Il concerne 200 maisons.

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Après le discours du chef du village, on me passe la parole et je précise que l'objet de notre visite ne concerne que les toilettes, dont nous avons financé la construction 3 ans auparavant, sous l'égide de Goreto.

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Il s'agit de vérifier que chaque maison est équipée, qu'elles sont effectivement utilisées. Badri, qui est un notable reconnu, fait également un discours, puis on nous sert un en-cas composé de soja grillé, de cacahuètes, de patate douce, de "pinalu" et de yaourt, dans des feuilles de bananier. Puis on nous emmène manger le daal-baat dans la cour d'une maison. Je crois reconnaître ce quartier comme étant celui des intouchables, où nous avons passé il y a 3 ans.

Toutes les maisons ont des toilettes et celles ci sont entretenues, ce qui est méritoire compte-tenu du manque d'eau (les toilettes à fosse nécessitent que la cuvette soit rincée après usage, sous peine que le siphon se bouche et qu'elles sentent mauvais).

Il est pour nous plus que temps de repartir vers Maskichhap.

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Nous quittons Mokeïpur et rejoignons la piste.

Une femme nous accompagne pour nous montrer un petit atelier de tissage comprenant 3-4 métiers et une machine à coudre : on y fabrique des écharpes en coton, typiques de cette région, qui sont vendues à Gorkha. L'atelier a été créé par une association de femmes pour permettre à quelques jeunes femmes d'être formées au tissage et à la couture et pour développer des revenus complémentaires. Mais hélas le temps nous manque pour nous attarder plus longtemps : il est déjà 15h30 alors que nous étions attendus à Maskichhap pour 14h, et Badri doit encore retourner à Gorkha en fin d'après-midi.

Nous poursuivons donc et atteignons Maskichhap à 16h. Nous prenons place dans la salle communale.

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Discours des uns et des autres, d'où il ressort que le projet d'adduction d'eau n'est pas abandonné, la source s'est tarie mais une autre source plus abondante est pressentie. Elle est située à une centaine de mètres en contrebas du village.

Badri explique la raison de la tarification de l'eau, qui sort pourtant gratuitement de terre : à Gorkha, le fonctionnement de la pompe nécessite de l'électricité, pour un coût de 3 lakhs par mois (ou par an?). Il explique que plus la source est éloignée et en contrebas, plus la pompe doit être puissante. Et puis, la pompe doit être entretenue, voire réparée, de temps en temps. Et puis, mieux vaut que l'eau prélevée soit propre : l'eau de Gorkha provient d'une rivière pas trop propre et un bassin de filtration a dû être construit, et ça a un coût. En écoutant Badri, on comprend qu'il a l'expérience. Il complète son intervention en précisant que ni lui ni les gens de Gorkha n'ont rien à gagner de la réalisation du projet à Maskichhap : son rôle se borne à servir de "courroie de transmission" entre la communauté de Maskichhap et AFPN (ou d'autres financeurs).

Nous rappelons aux villageois que nous attendons toujours divers papiers officiels afin de monter un dossier de subvention.

Peut-être que l'intérêt de tous les villageois pour ce projet n'est pas le même - alors que son coût devra être partagé: nous observons que certaines maisons se sont dotées d'une adduction d'eau individuelle par de longs, très longs, tuyaux qui aboutissent dans de grands réservoirs placés dans leur cour.

Il est temps pour Badri de prendre le chemin du retour. Nous le raccompagnons à pied au petit col où un véhicule l'attend. Puis nous revenons à Maskichhap où les villageois nous installent pour la nuit dans une demeure spacieuse, justement équipée de sa propre adduction d'eau. Le daal-baat est préparé, on nous propose du rakshi de millet, puis vient le spectacle culturel : 3 jeunes hommes dont deux vêtus en femmes dansent au son de tambourins.

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mercredi 4 mars : Le ciel est complètement dégagé et nous quittons Maskichhap après avoir avalé un thé noir.

Nous nous rendons à Manakamana, qui est un temple réputé situé à l'extrémité du bout de la crête qui s'étend en croissant "esto-convexe" de Gorkha à Manakamana.

Nous pensions tout d'abord marcher sur la piste carrossable qui longe le sommet de la crête en décrivant un large arc de cercle mais on nous indique un raccourci qui nous fait d'abord descendre au milieu des terrasses sur plusieurs centaines de mètres puis remonter en passant par de petites buttes successives. C'est très joli. Nous passons par de petits hameaux et notre œil exercé repère que toutes les habitations sont bien dotées de toilettes à fosse.

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Finalement, nous atteignons vers midi la crête au niveau d'un petit col, où se trouve un petit village. Nous déjeunons d'une platée de nouilles agrémentée d'un œuf au plat.

Nous reprenons notre chemin en suivant la piste désormais. Elle épouse les replis de la montagne et me semble interminable. Il fait chaud, il n'y a pas d'ombre, et chaque fois que nous pensons toucher au but, un autre repli de terrain se dévoile à nos yeux, derrière lequel, sûrement, se trouve Manakamana.

En fin d'après midi, nous y parvenons enfin. Nous sommes récompensés par la vue magnifique sur la vallée de la Marsyangui et la ville d'Abou Khaïrani, 1000 mètres en contrebas.

Manakamana est une ville perchée à 1300m d'altitude, sur une crête. Un temple dédié à la déesse Bhagwati, avatar de Parvati, y a été construit au XVII et les jeunes mariés s'y rendent pour demander la faveur d'une descendance mâle.

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C'est donc une ville de pèlerinage, à laquelle on peut accéder soit à pied, par le haut, comme nous, ou d'en bas, à partir d'Abou Khairani, soit par un téléphérique, qui part en contrebas de la route qui relie Kathmandu et Pokhara. Il y a donc beaucoup de monde, beaucoup de restaurants, beaucoup d'étals d'objets votifs ou folkloriques.

Les pèlerins et les touristes sont Népalais ou Indiens.

 

jeudi 5 mars : Il fait grand beau, la vue sur le Manaslu est magnifique, et à nos pieds la vallée de la Trisuli est noyée dans la brume. Nous descendons tranquillement à Abou Khairani par un sentier très raide, en escaliers.

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Parvenus à Abou Khairani, nous prenons un bus qui nous emmène à Pokhara où nous parvenons en début d'après midi.

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Gyan Bahadur nous rencontre à l'hôtel. Il me donne quelques nouvelles du village : Krishna Pun travaille désormais pour une ONG nommée LEARN (Lifting Education Advancing Rural Nepal), dont l'objet est l'éducation, sponsorisée par un Rotary Club Australien (www.nepalaid.org.au). Puis il me parle de son grand projet : un film documentaire expliquant l'histoire du village, la vie des villageois dans l'ancien temps, les coutumes, les rites, les costumes, les occupations, les ressources naturelles, l'évolution récente, le développement économique, la fromagerie, les différentes aides dont a bénéficié le village, l'école, le dispensaire. Il a rédigé un script.

Gyan Bahadur a de longue date le soucis de la transmission de la mémoire des anciens aux générations futures. Il avait, dans les années 1990, créé un petit musée dans une des salles de l'école. Mais, à part moi, il n'y a guère eu de touristes pour le visiter.

 

vendredi 6 mars : Nous partons en microbus à Nayapul. De là, nous nous rendons à Birethanti puis longeons la rive ouest de la ModiKhola, que nous remontons durant plusieurs kilomètres. Nous marchons sur une piste. Après le village de Syauli Bajar, celle ci commence à s'élever. A partir de Kilyu, nous prenons un sentier qui grimpe à travers les terrasses, coupant de loin en loin la piste carrossable.

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Le ciel, très clair dans la matinée, se couvre petit à petit et en fin d'après-midi, lorsque nous atteignons Gandruk, une averse de grêlons éclate brusquement, suivie d'une pluie torrentielle.

En effet, le temps est particulièrement pluvieux pour la saison. Le chemin d'accès au camp de base du Machhapuchhare est même fermé en raison du risque d'avalanche.

 

samedi 7 mars : Au réveil, le ciel est dégagé et le panorama superbe : Annapurna Sud, Hiunchuli, Machhapuchhare. Après avoir quitté le village, nous montons à travers la forêt de rhododendrons. Certains arbres sont en fleurs, colorant la forêt de taches rouges. La jungle embaume le jasmin.

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Le chemin grimpe, de telle sorte qu'à Deurali (3200m) nous avons les pieds dans la neige. Le ciel se couvre petit à petit et, alors que nous attaquons la crête qui nous sépare de Gorepani, le brouillard nous rattrape et il commence à grêler. Le chemin est très glissant et nous parvenons au col, fourbus, peu avant la nuit.

 

dimanche 8 mars : Après un aller-retour à Poon-Hill, le sommet qui domine le col de Gorepani et qui culmine à 3106m, nous descendons à travers la forêt de rhododendrons jusqu'à Sikkha où nous passons la nuit.

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lundi 9 mars : Nous descendons dans le fond du vallon de la Garkhola, traversons la rivière et remontons à Paudwar où nous parvenons vers 10h. Nous nous installons chez Hasta Maya qui nous accueille chaleureusement.

Dans l'après-midi, tandis que les notables tiennent un meeting sur l'esplanade localisée devant le dispensaire, Purni Maya et moi assurons les consultations. Mon arrivée a été annoncée comme celle du Grand Docteur et une foule nombreuse se presse. De midi à la nuit, nous voyons une quarantaine de patients, essentiellement des femmes quinquagénaires, qui se plaignent de douleurs dans les genoux, dans le bas du dos, dans la tête et aussi dans le bas-ventre.

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Puis nous nous rendons au domicile de deux patientes, de très vieilles femmes, très abîmées (une femme aveugle souffrant de neuropathie des membres inférieurs, hyperalgique, une autre dont la colonne est très déformée) pour lesquelles nous ne pouvons malheureusement pas faire grand' chose.

 

mardi 10 mars :Le matin, nous retournons au dispensaire et nous remettons à Purni Maya, en grande cérémonie, le reste du matériel donné par nos généreux collègues ainsi que les blouses d'Anselma.

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Nous discutons avec le Comité de Santé et Purni Maya.

Elle est visiblement heureuse de travailler dans les nouveaux locaux. Elle consulte le matin de 8h à 10h et l'après midi de 17h à 19h. Entre-temps, elle fait éventuellement des visites à domicile à la demande des patients qui ne peuvent pas se déplacer.

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Nous suggérons que les consultations soient payantes, à fortiori quand les patients viennent en dehors des horaires d'ouverture du dispensaire.

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Enfin, nous laissons de l'argent, pour l'achat d'équipements pour le dispensaire : pèse-bébé, autoclave, otoscope, cartes de croissance destinées à la surveillance des nourrissons.

Puis nous nous rendons à la fromagerie, qui fonctionne toujours bien et qui permet aux différents lodges de s'approvisionner en fromage. C'est un peu dommage, celui-ci n'a pas le temps de vieillir en cave, il est vendu trop vite. Il gagnerait à "maturer". Comme il serait intéressant d'inviter un des ouvriers dans une fruitière du Jura !

Enfin, après avoir récupéré nos affaires chez Hasta Maya et un dernier adieu, nous prenons le chemin de Tatopani, où nous arrivons dans l'après midi.

 

mecredi 11 mars : Après un petit-déjeuner très consistant chez Bouhan, nous prenons le bus qui nous amène à Béni où nous changeons de véhicule. Nous arrivons à Pokhara vers 15h30.

Le bus du retour est confortable, le temps superbe et je suis bien placée pour voir la route dans ses détails. Nous arrivons à Kathmandu vers 15h.

 

jeudi 12 mars : Clotilde passe nous prendre à l'hôtel et nous nous rendons en taxi à l'école où étudie Ankita. Elle est en 2ème année et s'y sent bien. Elle est en stage depuis 15 jours à la clinique privée couplée à l'école. C'est un hôpital général.

Le cursus comprend des cours théoriques durant 4 mois suivis de stages pratiques durant 6 mois.

En première année, le programme concerne l'apprentissage clinique, les entretiens et les soins aux patients.

La deuxième année est dévolue à l'apprentissage des gestes techniques : injections, pose de cathéters, ECG.

En troisième année, la formation porte sur le management d'équipe.

Puis nous allons déjeuner au Garden of Dream, un havre de paix et de propreté à deux pas de Thamel, dans les jardins rénovés d'un ancien palais Rana. L'entrée est payante, y compris pour les Népalais, qui s'acquittent d'une taxe de 100 Nrps, tandis que pour les touristes, celle-ci coûte le double. Beaucoup de jeunes amoureux se réfugient dans le parc pour un moment de tranquillité. Le parc est orné de statues d'allure greco-romaine, style très prisé par Kesar dit Kaiser, le créateur du parc, il y a un siècle de cela.

L'après-midi se passe en quelques courses pour l'AFPN : bonnets, chaussons, sacs. Les pashminas, eux, sont livrés à l'hôtel par Bijay.

Deux étudiantes de Jiri viennent nous y rencontrer : elles passent leur stage pratique extériorisé dans des hôpitaux psychiatriques de Kathmandu et nous racontent leur vie.

Les conditions de travail sont difficiles : les élèves participent à toutes les tâches, du ménage à la vie administrative en passant par l'aide aux repas et les soins. Les médecins ne passent qu'une fois par semaine.

samedi 14 mars : Badri, venant de Gorkha pour un meeting, vient prendre un thé sur la terrasse de l'hôtel. Nous discutons avec lui ; il estime que les gens de Maskichhap ont à cœur le projet d'adduction d'eau. Le terrain nécessaire à la construction des réservoirs est donné par la communauté. Le village a entièrement été équipé de toilettes, construites par Goreto grâce au financement d'une ONG japonaise. Mais voilà, il est temps de partir, Ganesh vient nous prendre à l'hôtel pour nous conduire à l'aéroport. Clotilde nous accompagne jusqu'à l'entrée du bâtiment ; nous nous engouffrons dans le hall,
bye-bye Kathmandu ...

 

 

Le 25 avril 2015, un tremblement de terre puissant ravage les districts de Gorkha jusqu'à Jiri en passant par Kathmandou, bouleversant nos programmes.

A la date du 20 mai, le sol continue de trembler.

L'urgence prend temporairement le pas sur les formations.

 

 

Pour AFPN,
Françoise