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Voyage au Népal, déc 2013/ janv 2014


 

Aux membres et sympathisants d'Aide à la Formation Paramédicale au Népal

Récit du voyage effectué en 2013/2014

Participants : Isabelle Combeau, Alain Cuenot, Céline D'Alberto, Chantal Decock, Françoise Halbwachs, Monique Meister

 

Cher(e)s Ami(e)s,

Comme vous le savez, des membres de l'association AFPN se sont rendus au Népal en décembre 2013, pour un séjour de trois semaines.
Bien entendu, ces membres ont financé ce voyage sur leurs propres deniers.

L'objet de notre voyage était de rencontrer nos partenaires et de nous assurer de la bonne marche des différents programmes :

  1. financement des bourses à Kathmandu, Jiri, Damauli et Gorkha
  2. financement d'une structure de soins à Paudwar et aide à son fonctionnement
  3. aide au fonctionnement des dispensaires de Lapu et Gumda
  4. examen de la demande de financement de la construction du réseau de distribution de l'eau à Maskichhap

et aussi : évaluer les besoins et possibilités de soins dentaires...

Il s'agit d'un récit chronologique qui a l'unique ambition de partager avec le lecteur l'expérience vécue de ce séjour, en termes d'informations et de bons souvenirs.

jeudi 19 décembre 2013 : A quel moment commence un voyage ? Au moment où l'on ferme la porte derrière soi ? au moment où l'on achète les titres de transport ? au moment où l'on prend la décision de le faire ? Au moment où prend forme le projet dans lequel il s'inscrit ? Nous voici dans le train qui nous emmène à l'aéroport de Francfort, en route vers le Népal.

vendredi 20 décembre : En arrivant vers Kathmandou, nous apercevons les cimes enneigées de la chaîne himalayenne. C'est très excitant de reconnaître d'en haut les massifs du Dhaulagiri et des Annapurnas !

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ViewKathmandou est située dans une cuvette à 1350m, entourée de collines culminant à 2700. C'est toujours impressionnant, lorsque l'avion amorce la descente vers la piste d'atterrissage, de survoler les crêtes en distinguant les villages hauts perchés.

L'aéroport n'est qu'à 6 kms du centre ville historique, et la ville s'est considérablement étendue ces 30 dernières années, tant du fait de l'accroissement démographique liée à l'augmentation de la longévité des habitants que par celui de l'exode rural favorisé par la guerre civile de 1996-2006. Des immeubles 10-15 étages se sont mis à pousser très récemment. Aussi nous avons l'impression que nous allons atterrir sur les toits des maisons tandis que l'avion aborde la piste.

Bienvenue à l'aéroport international Tribhuvan !

Nous sommes accueillis par Tule Bahadur Gurung, de l'agence Ethic Himalaya, à laquelle nous avons confié l'organisation logistique du séjour. Nous montons dans le taxi qui nous emmène au centre ville ; nous sommes vite pris dans un flot de voitures pétaradantes. Ça klaxonne de tous cotés : la circulation est dense et bruyante, mais extrêmement vivante. Kathmandou doit avoir dépassé le million d'habitants.

L'hôtel Utse, où nous nous installons, est un havre de paix.

Clotilde passe m'y prendre, à 16h, et m'emmène en voiture à l'école où étudie Ankita. Clotilde a travaillé avec moi en 1989 et vit depuis au Népal. Elle est partenaire d'AFPN depuis juin 2013, en relais de Deepak qui a quitté l'association après des années de bons et loyaux services.

Ankita fait des études de "staff nurse" (infirmière d'hôpital) à Kathmandou et a sollicité AFPN pour une aide financière. Sa candidature a été appuyée par notre correspondant Badri Maskey.

Elle a fait toute sa scolarité dans son village et vient d'arriver dans la grande ville ; le cursus a commencé mi-novembre 2013, dans une école privée, la "Holy vision technical campus".

Elle nous reçoit dans la cantine des étudiants, une pièce sommairement meublée de quelques tables et chaises en bois. Nous discutons avec elle, lui expliquons l'historique, les buts des fondateurs de l'association et lui rappelons qu'elle s'engage à travailler en zone reculée durant 5 ans. Elle nous parle de ses études, qu'elle trouve passionnantes. Le cursus comporte en alternance des cours théoriques et des travaux pratiques durant lesquels elle effectuera un travail d'aide-soignante, apprendra à faire des injections, réalisera un travail d'éducation sanitaire porte-à-porte dans des villages. La durée annuelle des stages est de 4 mois.

Samedi 21 décembre : Nous nous levons très tôt et nous partons à pied dans la nuit, à travers Kathmandou, pour nous rendre à la gare routière de Bag Bazar où nous retrouvons Clotilde.

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View Nous partons pour Jiri par le bus "super express" de 6h.

Jiri est situé à 200kms à l'est de Kathmandou. Il s'y trouve une des principales écoles nationales de formation professionnelle dans les domaines de la santé, de l'agriculture et de la technologie. Fondée par les Suisses en 1980, elle est à présent dirigée exclusivement par les Népalais.

ViewViewNous faisons la pause daal-baath à Mule à 9h, peu avant d'atteindre la crête, où le mince ruban de bitume de la route circule entre ciel et terre.

Nous parvenons à Jiri à 13h et nous installons à l'hôtel, le "Gauri Himal".

ViewAprès le déjeuner, nous rencontrons 4 des jeunes boursières subventionnées par AFPN. Elles ont été informées de notre arrivée par Clotilde, qui leur téléphone régulièrement.

Elles font des études d' "ANM" (Assistant Nurse Midwife, soit sage-femme)qu'elles ont commencé en février 2012 et sont en instance de passer leurs examens. Après 15 jours de vacances, elles iront en stage durant 5 mois puis passeront encore un examen oral qui clôturera leur formation.

Elles nous décrivent une de leurs journées.
Elles se lèvent à 5h, mangent leur daal-baath à 7h, s'en vont à l'hôpital à 8h et y travaillent jusqu'à 13h.

View ViewElles avalent ensuite un "caja", petit en-cas composé de céréales rôties, puis vont en classe de 14h à 17h.

Puis elles participent aux travaux domestiques de l'internat, elles trient le riz qui est ensuite cuisiné par le personnel de la cantine. Le dîner est pris à 17h30 l'hiver, 18h l'été.

Elles vont ensuite dans leur chambre, où elles logent à 8, pour y étudier leurs leçons jusqu'à une heure indéterminée et dormir. Nous les visiterons le lendemain.

ViewCe sont de vastes pièces rectangulaires. A chaque mur en longueur sont accolés 2 couples de lits superposés. Au bout de chacun des lits est disposé un coffre en bois permettant le rangement des vêtements. Au-dessus de chaque lit se trouve une étagère où sont posés les livres. La pièce dispose d'un éclairage électrique.

ViewCela nous semble rudimentaire, mais, par rapport aux maisons villageoises, c'est assez confortable.
Il n'y a pas de salle de bain : les étudiantes se lavent à l'eau froide, à la fontaine attenante aux bâtiments d'hébergement.

ViewL'internat des filles est évidemment "restricted area" !

La plupart des étudiantes ont l'ambition de poursuivre leurs études pour devenir "staff nurses" (infirmière). Il semblerait que ce soit plus facile pour décrocher un emploi, où qu'il soit, en dispensaire, en hôpital rural, à Kathmandou voire à l'étranger, c'est-à-dire aux USA ou en Grande-Bretagne.

Nous leur rappelons l'historique et le but de l'association : l'accès aux soins des populations des régions reculées du Népal. En effet, elles ont été choisies sur deux critères : la faiblesse de leurs ressources financières et leur motivation à travailler ultérieurement dans leur région d'origine, en zone reculée.

Parmi les étudiantes de la promotion précédente, une d'entre elles travaille à Kathmandou, les autres dans leur village ou à Jiri, éventuellement bénévolement en attendant une embauche probable.

Nous apprendrons le lendemain en discutant avec le Principal de l'école qu'il est fréquent qu'après avoir passé leurs diplômes, les ANM travaillent quelques mois bénévolement dans des structures, avant d'y être employées. Eventuellement, elles touchent une petite indemnisation.
Environ 70% des élèves formées à Jiri décrochent un job. Elles peuvent gagner 17000 roupies (Nrps), par mois dans certaines ONG (1€ = 132Nrps ; c'est un bon salaire, pour le pays).

Dimanche 22 décembre : Après un bon petit-déjeuner, nous nous rendons à l'école.

ViewNous sommes reçus par le Principal, Mr Ram Hari Khanal, dans la salle des professeurs.

Nous discutons tout d'abord du coût de la scolarité. Les charges sont de 6000Nrps de droit d'entrée, les frais scolaires s'élèvent à 800Nrps durant les 29 mois du cursus, les frais d'hébergement et de nourriture sont de 1500Nrps/mois. L'école met à disposition des élèves une cuisine équipée, le bois pour la cuisson et paie deux personnes pour cuisiner.

Les élèves ont des stages extériorisés de 1 mois en hôpital à Kathmandou, 1 mois en dispensaire, 1 mois dans une communauté villageoise, durant lesquels la vie est beaucoup plus coûteuse. Certains hôpitaux et certaines structures de soins font payer une taxe de 500Nrps/mois pour l'accueil et la formation des stagiaires, mais ce n'est pas encore le cas pour les élèves de l'école de Jiri, qui ont une bonne cote.

Les critères d'admission des élèves sont en train d'évoluer : jusqu'à présent, l'école accueillait principalement des élèves n'ayant pas le SLC (diplôme de fin d'études secondaires). Mais l'école propose désormais des formations destinées aux élèves titulaires du SLC, notamment en agriculture. Il est prévu de former des "staff nurses" d'ici 2015.
L'école de Jiri privilégie aussi le recrutement d'élèves de basses castes.
Enfin, l'école accepte de faire des formations dédiées à des groupes "sponsorisés", à coté de son programme gouvernemental de formation. Ainsi, une ONG oeuvrant dans le Téraï a financé une promotion entière d'ANM (soit 40 étudiantes).

Une association allemande finance le coût de la formation de jeunes gens orphelins de la guerre civile, dont les parents ont été assassinés soit par l'armée soit par les maoïstes, dans le domaine de l'agriculture ou dans celui de la construction. A ce sujet, Clotilde estime, comme nombre de Népalais, qu'il n'y a pas eu encore de travail de réconciliation nationale.

Puisque nous parlons des bourses, on nous fait part de quelques difficultés : d'une part, l'équipe enseignante est sollicitée pour déterminer lesquelles parmi les étudiantes sont celles qui remplissent les critères d'attribution des bourses, et cela est difficile à l'admission des élèves ; d'autres part, par leur hauteur, nos bourses induisent un important différentiel de niveau de vie qui crée des jalousies. En fait, c'est au bout de 6 mois qu'il est possible de connaître suffisamment les étudiantes pour savoir lesquelles sont à la fois très pauvres et bien motivées pour retourner travailler comme ANM dans leur village.
Il nous est donc proposé de soutenir 20 étudiantes par promotion, au lieu de 5 ou 7) à hauteur de 1500Nrps par mois, durant 24 mois (les 6 premiers mois étant des mois d' "observation"). C'est une idée qui sera probablement adoptée.

Lundi 23 décembre : Tôt le matin, l' "express" de Kathmandou nous prend à 7h devant l'hôtel, qui est sur son chemin. Il est très moderne, équipé d'un écran où passe un film népalais très "boolywoodien".
Je ne sais pas si le chauffeur regardait le film tout en conduisant … déjà qu'il roulait, le téléphone portable pendu à l'oreille…

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Toujours est-il qu'après les 10 000 virages et les 150 000 nids-de-poule, le daal-baath à Mule et la vue magnifique sur le massif du Gauri Shankar entre Tama et Sun Koshi, nous arrivons à Kathmandou en début d'après-midi.
Clotilde nous quitte ; nous la retrouverons à Aarughat pour la dernière partie du séjour.

Mardi 24 décembre : En route pour Paudwar ! Paudwar est un village situé sur les flancs de l'Annapurna Sud, à l'aplomb de la Gar Khola, petit affluent de la grosse Kali Gandaki.

J'y ai travaillé avec Aide Médicale et Sanitaire en 1985 et 1989 : basés à Tatopani, au bord de la Kali Gandaki, nous montions à Paudwar, pour donner des cours d'hygiène aux petits écoliers ; nous y allions aussi pour examiner les enfants de moins de 5 ans.

AFPN soutient ce village depuis 2002, d'abord par l'intermédiaire des collégiennes du collège Jean XXIII de Mulhouse et de leur professeur, Mr Pierrel, qui ont bien aidé l'école et, depuis 2 ans, par l'aide au financement de la construction d'un dispensaire (finalement entièrement payée par un seul très généreux donateur).

AFPN procure aussi à l'infirmière du village une indemnité permettant de compléter ses revenus. Elle s'est installée provisoirement dans une salle de l'école.

Donc, de bon matin, nous nous rendons à la gare routière de Lainchaur-Lazimpath, point de départ des bus allant à Pokhara, situé à 200kms à l'ouest de Kathmandou.

ViewLa route est longue. Elle quitte la vallée par un petit col, puis plonge à flanc de montagne vers la Mahesh Khola. Elle suit cette rivière, épousant ses zigzags, avant de rejoindre le fond de la vallée creusée par la Trisuli.

View View A Mugling, nous quittons la Trisuli, qui tourne vers le Sud en se frayant un chemin entre les à-pic montagneux et nous remontons le long de son affluent, la Marsyangi, jusqu'à Dumre.

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Au-delà, nous poursuivons notre route entre montagnes et collines jusqu'au bassin de Pokhara. Le bus est confortable.

View View Le temps est splendide et nous admirons à différents endroits du trajet un panorama exceptionnel sur les sommets himalayens.

Nous logeons au "Splendid View".

L'ancien directeur de l'école de Paudwar, Gyan Bahadur Pun, qui est toujours très impliqué dans les projets de développement du village (il a notamment construit une fromagerie), nous y rejoint. Il nous dit que Purni Maya, l'infirmière, travaille bien. La construction du dispensaire a pris du retard par manque de bras, mais les travaux sont quasi-achevés.

Mercredi 25 décembre : Nous prenons le bus local à 7h de la gare centrale de Pokhara.
La route est goudronnée à peu près jusqu'à Beni, où nous arrivons à 11h.
En attendant que Tule nous trouve un véhicule pour Tatopani, nous déjeunons.

ViewNous embarquons dans une jeep vers 12h15 et parvenons à Tatopani vers 14h30.

Après nous être installés au Trekker's lodge, nous allons nous baigner dans les piscines aménagées sur le lieu des sources chaudes et faire notre lessive à l'emplacement approprié.
Nous dînons au Trekker's lodge. Les membres de notre équipe népalaise, Tule Gurung, guide, Pure Gurung, assistant guide, Sunil Gurung, Houbi Lal Gurung et Sudeep Tamang, porteurs, viennent plaisanter et chanter avec nous.

Jeudi 26 décembre : Le petit-déjeuner avalé, je discute avec Devendra, patron du Trekker's lodge. Nous parlons du tourisme. Le développement des pays asiatiques et la construction des pistes et des routes modifient la donne.
Les Indiens très riches se rendent à Muktinath, important lieu de pélerinage hindouiste et bouddhiste situé à 80 kms au nord de Tatopani, en hélicoptère, ceux de la classe moyenne en bus (le trajet Béni -Jomssom prend 4 à 5h). D'autres vont à moto et s'arrêtent à Tatopani. L'émergence d'une classe moyenne népalaise favorise un tourisme interne.

En outre, localement, Mahabir Pun impulse de nouveaux parcours passant par Nyangi, Phulbari et Pun Hill. Un lodge communautaire a été construit à Nyangui : il est très confortable, doté de douches approvisionnées en eau chaude par un chauffe-eau solaire. Dans les autres villages, Mahabir Pun a suscité la création de "chambres d'hôtes" chez l'habitant, dans des maisons auprès desquelles des toilettes ont été construites.

ViewNous quittons Tatopani (alt 1190m) vers 10h et parvenons tranquillement à Paudwar (alt 1900m) à 13h15.

Nous prenons nos quartiers chez Madame Hasta Maya.
L'après-midi, je me rends au dispensaire provisoire avec Purni Maya, tandis que le reste du groupe se balade aux alentours.

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Après les consultations, Purni Maya m'emmène voir une jeune femme sur le point d'accoucher. La tête de bébé est encore haute, ce n'est pas pour tout de suite …

Vendredi 27 décembre : Après un thé au lait, Monique et moi allons au dispensaire où nous retrouvons Purni Maya et quelques patients.

Ce sont pour la plupart des personnes âgées qui souffrent des yeux ou des articulations.
Quelques-uns, jeunes, présentent des problèmes dentaires : d'importantes caries sur des dents de lait. Monique dispense des conseils avisés afin que les dents définitives ne subissent pas le même destin. Puis Purni Maya m'emmène voir trois patients qui ne peuvent se déplacer.
Nous allons chez une femme de 45 ans qui présente depuis 6 jours une para-parésie apparue subitement, sans notion de traumatisme (elle aurait "pris froid"). On note une fonte des mollets et un BBK spontané. Puis nous nous rendons chez un vieil homme : il y a 10 mois, alors qu'il travaillait dans son champ, il a été renversé par son buffle et a fait une mauvaise chute. Il est quasiment tétraplégique. Il peut un peu bouger les membres et je pense qu'avec une bonne rééducation, il aurait pu récupérer. Enfin, nous allons chez un homme âgé lui aussi, cachectique et épuisé. Ses jambes ne le portent plus. Il est diabétique. Il possède un lecteur de glycémie, et dispose de 3 bandelettes de lecture. Il en utilise une : l'appareil affiche une glycémie de 4,34g/l. Il lui faudrait sûrement un traitement par Insuline, mais il n'y en a pas.
Chemin faisant, Purni Maya m'exprime sa gratitude et aussi ses difficultés. Grâce au téléphone portable, elle est appelée à domicile de-ci de-là, parfois en pleine nuit. Elle n'ose refuser et se retrouve seule, sur des chemins escarpés, éclairés par sa seule lampe de poche, à se rendre à pied dans des maisons éloignées.

View En début d'après-midi, nous sommes conviés à l'inauguration du dispensaire. Les membres du comité de santé, accompagnés de musiciens, viennent nous chercher en fanfare au lodge de Hasta Maya.
Un des musiciens joue d'une trompe en cuivre, deux d'une courte trompette incurvée et 3 de tambours de 3 sortes différentes.

View Tout ce monde se rend au nouveau dispensaire construit au-dessus de l'école maternelle.

ViewLa façade est ornée d'une plaque en marbre noir sur laquelle est inscrite en lettres d'or, en français, en anglais et en népali.
"LE BONHEUR EST NE DE L'ALTRUISME ET LE MALHEUR DE L'EGOISME"
(BOUDDHA)
Batiment construit grâce aux dons de la famille Haar (Strasbourg)

ViewOn me fait couper le ruban et ouvrir le cadenas ; puis nous visitons les lieux.

ViewL'entrée donne sur une pièce séparée en deux partie par une cloison. Il s'agit de la salle de consultation et d'examen. Elle limite le bâtiment sur la droite.
Accolée à cette pièce se trouve la chambre de stockage des médicaments. Une ouverture en "passe-plat" permet de distribuer les traitements.

Enfin, une vaste salle en partie ouverte permet d'accueillir une bonne vingtaine de personnes : ce peut être une salle d'attente, couverte, protégée de la pluie et du soleil, voire une salle de classe pour des sessions de formation.

ViewViewNous posons pour la séance photo puis nous nous rendons dans la cour de l'école, située en contrebas, pour la cérémonie officielle.

Celle-ci commence par les discours de Krishna Pun, coordonnateur des projets de développement de Paudwar et d'Om Bahadur, représentant la municipalité.

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Puis suivent des chants de jeunes filles, accompagnés par l'harmonium. Ensuite viennent les danses, d'abord des jeunes filles vêtues de robes blanches, puis des jeunes gens en costume traditionnel.

Après le programme culturel, nous nous rendons dans la salle des profs pour une réunion avec le comité de santé. Khem Bahadur, le président du comité de santé, présente les comptes de la construction du dispensaire. Toutes les factures me sont remises. Je m'engage à ce qu'AFPN prenne en charge le reliquat du coût de la construction ainsi que le coût de la construction des toilettes attenantes au dispensaire. La question des émoluments de Purni Maya est posée, AFPN n'offrant qu'une indemnité complémentaire. Le comité de santé a essayé de négocier avec les autorités de santé un salaire, sans succès. Du moins a-t-il obtenu des médicaments de la part de l'hôpital de Béni.

Samedi 28 décembre : En début de matinée, je retourne au dispensaire avec Purni Maya qui a donné rendez-vous à quelques patients.
Nous voyons d'abord une femme qui ressent de l'électricité dans la jambe droite depuis 3 mois. Les ROT en L5 et S1 sont abolis, je suppose qu'elle a fait une hernie discale. Une jeune femme qui porte des lunettes voudrait bien un traitement médicamenteux à la place ! Une autre a une vraie angine. Une autre encore a des douleurs pelviennes de longue date, mais la palpation abdominale et les touchers pelviens sont sans particularité. Et la parturiente n'a toujours pas accouché.

ViewAprès le petit-déjeuner, nous quittons Paudwar, couverts de fleurs et chargés d'un pot de miel et d'un fromage entier, offert par la communauté.

ViewPour rentrer, nous nous offrons une belle randonnée de deux jours qui passe par le sommet de Pun Hill et la crête qui mène à Kusma.

Il s'agit aussi pour moi de tester un itinéraire propre à développer le tourisme local. Car, avec le développement des pistes, les circuits de trekking démarrent de plus en plus haut, laissant sans ressources les villages situés plus bas.

ViewViewNous prenons donc le chemin de Gorepani par Sikkha le haut.

ViewNous déjeunons en cours de route et je profite de l'attente nécessaire à la cuisson du daal-baath pour recoudre mes chaussures sous le regard ébahi de Sudeep.

ViewNous repartons vers 15h, alors que le temps se couvre et nous parvenons à Gorepani à 17h30.

Dimanche le 29 décembre : Alors que tous les touristes présents se lèvent avec grand vacarme à 5h, nous avons fixé le réveil à 6h, prenons notre petit-déjeuner dans la grande salle à manger vide et partons à 7h30, en emportant des "beignets tibétains" et des œufs durs pour le déjeuner.

Le ciel est entièrement dégagé. Nous montons vers Pun Hill, croisant tout du long les touristes qui en redescendent ;

View View lorsque nous arrivons à la tour, nous sommes quasi seuls sur les lieux et admirons le paysage tout à notre aise.

Puis nous partons hors des sentiers battus, vers Phulbari.

ViewLe chemin nous conduit en environs 3/4 d'heure à un "alpage", une petite cabane où vit tout seul un homme âgé.

Il n'y a pas de bêtes, elles sont redescendues pour l'hiver. Il y a un petit potager et des champignons qui sèchent au soleil. Le vieil homme nous indique la direction à prendre pour retrouver en contrebas le chemin de Phulbari. Où nous arrivons à peu près 2 heures après avoir quitté Pun Hill. Il y a là un lodge communautaire.

De là, le chemin est balisé blanc et bleu et descend tranquillement, à flanc de montagne, dans la forêt de rhododendrons. C'est un très beau chemin.
A midi, nous arrivons à une belle clairière où nous nous arrêtons pour pique-niquer. En repartant, le chemin se transforme rapidement en une piste carrossable qui débouche, au sortir de la forêt, à l'aplomb de la vallée de la Pandur Khola où se trouvent les villages de Kapel Dande, Ramche et Nyangui.
Le programme de formation d'agents sanitaires villageois développé par Aide Médical et Sanitaire au Népal il y a 25 ans s'étendait jusque-là.
Nous coupons à travers pâturages pour retrouver la piste, 150m en contrebas. Elle serpente à flanc de montagne épousant les replis de terrain. Nous la suivons jusqu'à Nyangui où nous parvenons à 14h30.

ViewNous préférons nous arrêter là et allons au lodge communautaire, très bien installé, face au Dhaulagiri.

Lundi 30 décembre : La journée promettant d'être longue, nous nous levons avant l'aube. Nous emportons des "chapatis" (galettes) pour le pique-nique.

View Nous empruntons le chemin balisé blanc-bleu qui conduit à Lespar.

Il monte très raide jusqu'à un petit col situé sur une crête transversale à la crête dominante qui va de Pun Hill à Kusma. Le col est marqué par un joli "chautara" (construction en pierre permettant de poser les charges pour un petit repos bien mérité).
Dommage que ce soit aussi un vrai dépotoir, le retraitement des ordures étant inexistant. Le chemin passe de l'autre coté. Il devient sentier étroit et se poursuit à flanc de montagne, en balcon.

Plus loin, soit 3 bonnes heures après avoir quitté Nyangui, nous atteignons enfin la crête principale (orientée nord-sud). Nous laissons le chemin balisé de Lespar et poursuivons sur la crête. Elle est boisée et étroite. De loin en loin, des échappées laissent entrevoir le Dhaulagiri.

Plus loin, toujours sur la crête, un magnifique panorama apparaît soudain, se déployant de l'Annapurna 1 jusqu'au Lang Tang, en passant par l'Annapurna Sud, le Machha Puchhare, l'Annapurna 2, le Lamjung Himal, le Manaslu et les Ganesh Himal, ainsi que nous l'explique Tule, très à son fait.

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Nous pique-niquons dans la salle à manger la plus belle de la planète, de chapatis et de fromage. Peu après, nous entamons la descente.

View View Puis, bien après, après un nombre incalculable de marches nous atteignons Kusma, les genoux en compote. L'altitude de la crête est à 2600m, celle de Kusma à 1000m.

Mardi 31 décembre : Nous allons à Damauli, rencontrer deux étudiantes.

Nous nous levons à 6h, mais le petit-déjeuner n'étant servi qu'à 7h, nous sommes en retard et le bus de Damauli passe nous prendre directement à l'hôtel. Miracle du téléphone portable : Tule a appelé le chauffeur, qui est conciliant ! Il faut reconnaître que Tule gère très bien la logistique des réservations et les transports.

View View Le bus nous dépose à 12h à Damauli où nous rencontrons Bish Maya Gurung, 19 ans et Abita Ale Magar, 17 ans, qui suivent des études de sage-femme au "Gandaki Technical Training Center".

Les études durent 18 mois et ont commencé en août 2013.
Les deux jeunes femmes nous parlent de leurs familles et de leur projet professionnel.

Mercredi 1er janvier 2014 : Nous nous levons à 6h car Monsieur Mukundi Giri, le vice-principal de l'école, vient à 6h30 pour nous emmener la visiter.

Aujourd'hui est jour d'examen pour les élèves. Nous sommes reçu dans le bureau du principal. L'équipe enseignante comprend 5 professeurs à plein-temps, 5 à temps partiel et 3 suppléants. Les promotions comprennent 40 étudiantes. Le cursus démarre par 2 mois de cours théoriques, puis comprend en alternance des cours théoriques et des stages pratiques en hôpital (Damauli, Gorkha, Besisahar), dans les communautés villageoises, en health-post, puis à nouveau en hôpital, plus spécifiquement en gynéco-obstétrique.

Nous visitons la salle de travaux pratiques, une salle équipée de 2 autoclaves, 1 cocotte-minute, 1 centrifugeuse, 3 microscopes et des réactifs.
L'école comporte encore une salle des profs, une salle de travaux pratiques équipés de mannequins, une petite bibliothèque et des salles de classe dans lesquelles les élèves sont déjà en train de "plancher".

La visite terminée, nous retournons à l'hôtel. Le temps est froid et couvert, le paysage noyé dans la brume. Notre étape suivante est Gorkha, où AFPN finance depuis 1996 des bourses d'étude d'infirmiers de dispensaire, grâce à l'entremise de notre partenaire, Monsieur Badri Maskey.

Nous embarquons donc tous les 11 dans une jeep qui nous emmène à Gorkha, à 1500m, au-dessus des nuages.
Nous nous installons au Lapu Lodge, au confort sommaire. Après un bout de lessive et le déjeuner nous nous promenons. Nous visitons le musée, dévolu à la dynastie des Shah du 16ème au 18ème siècle, jusqu'à Prithvi Narayan Shah dit "le Grand", l'unificateur du Népal ainsi que l'indique son indexe tendu vers le ciel.
Puis nous montons au temple qui du haut de la crête domine Gorkha. Nous admirons le panorama qui englobe le massif des Annapurna (à l'Ouest), le Manaslu (au Nord) et les Ganesh Himal (à l'Est).

View En fin d'après-midi, Badri nous retrouve à l'hôtel accompagné par les étudiants de la dernière promotion (n° 18) et du père d'Ankita, qui nous a fait l'honneur de venir nous saluer (2h30 de bus dans chaque sens …).

Après les présentations, nous leur rappelons l'historique et les buts d'AFPN. Les étudiants expriment tous le projet de travailler ultérieurement dans leur village. Le père d'Ankita espère qu'elle travaillera dans un hôpital rural de la région. Badri nous remet une pile épaisse de reçus et les coordonnées des élèves de la promotion 18, ainsi qu'un volumineux dossier concernant le projet d'adduction d'eau de Maskichhap.

Jeudi 2 janvier : Nous nous levons à 6h et prenons le petit-déjeuner chez Badri.

Puis, tandis que Isabelle, Céline et Monique, accompagnées de Pure, prennent le micro-bus de Kathmandou, nous partons vers Maskichhap.
Merci, Pure, pour l'attention souriante.
Le trajet commence en jeep. Nous sommes accompagnés par Badri et quelques membres du "comité de l'eau de Gorkha" : son frère Diresh, conseiller, Ram Babu Shrestha, conseiller, Gauma, membre du comité, Indra Pratab Bohara, ingénieur. La jeep nous dépose au-dessus du réservoir n° 2 du circuit d'approvisionnement en eau de Gorkha, à flanc de montagne.

View View Nous poursuivons à pied, en suivant la conduite en direction de la source. Le tuyau a 20 cms de diamètre, le débit est de 12 litres par minutes.

Nous descendons dans le fond d'un vallon, remontons de l'autre coté, passons devant une fontaine construite 11 ans auparavant, alimentée par une source avoisinante, longeons une crête intermédiaire, redescendons, remontons, redescendons à nouveau, remontons à nouveau, à travers une belle forêt, suivant toujours la conduite d'eau, et parvenons à l'aplomb de la zone de captage des eaux.

View Outre la maison et le réservoir qui se trouvaient déjà là il y a deux ans, nous découvrons les structures de décantation et filtration, encore en voie de construction, ainsi qu'un immense réservoir de 150000 litres.

Ceci fait partie du projet d'adduction d'eau de la ville de Gorkha, très gros projet pour la réalisation duquel AFPN n'est pas sollicitée.

Le projet qui nous est soumis concerne le village de Maskichhap, situé en amont et à l'est de la zone de captage des eaux de Gorkha. Nous quittons le chantier et montons à Maskichhap où nous sommes reçus avec colliers de fleurs et écharpes tissées. Nous nous rendons dans une bâtisse où sont installées des tables et des chaises sur lesquelles prennent place les notables locaux, le comité des femmes, des habitants, les membres du comité de l'eau de Gorkha et nous-mêmes.
Nous nous présentons à tour de rôle, puis, tandis qu'on nous offre du soja grillé et des pop-corn, s'ensuit une discussion entre les membres du comité de l'eau de Gorkha, promoteur du projet, et ceux du comité de l'eau de Maskichhap.

La population de Maskichhap est dispersée en hameaux de 5 à 10 maisons. Au total, il y a 66 maisons, abritant 430 personnes.
L'approvisionnement en eau dépend de 2 fontaines distantes d'une demi-heure de marche. L'eau est transportée dans des récipients de 10 litres, des "gagris". Les femmes cherchent l'eau à la fontaine et doivent faire plusieurs trajets quotidiennement : elles y passent environ 3 heures tous les jours. Le projet est de prélever l'eau de trois sources, de la collecter dans un premier réservoir, puis, grâce à une station de pompage, de la monter dans le 2ème réservoir situé en amont de la zone de distribution. Il y a 1,17 km des sources au réservoir du haut et 2 kms de tuyaux sont nécessaires au réseau de distribution.

Les bénéfices attendus pour les villageois sont, outre un gain de temps énorme pour les femmes, une meilleure irrigation de leurs champs. Car l'eau, après avoir été utilisée pour les besoins de la maison, sera déversée dans les champs. L'incidence des maladies à transmission féco-orale devrait diminuer car l'eau sera purifiée (?).
Gauma explique que grâce au confort apporté, les villageois auront moins tendance à partir à Gorkha ou Kathmandou. L'exode rural s'en trouverait ralenti. L'eau sera payante : il y aura des compteurs de consommation, ce qui permettra de financer la maintenance. Le suivi et l'évaluation du programme seront assurés par le "comité de l'eau de Maskichhap".

Les discussions étant closes, on nous emmène dans une maison voisine pour un bon daal-baath à la viande de poulet agrémenté d'alcool de millet que Badri, en fin connaisseur, juge délicieux. Nous mangeons assis sur des "goundris", ces tapis de paille tressée.
Après le déjeuner, un programme culturel avec musique et danses magares anciennes se déroule en contrebas de la maison où nous avons mangé.

View Trois danseurs évoluent gracieusement au son des tambours.

Tous trois sont des jeunes hommes, vêtus en costume traditionnel, l'un masculin, deux féminins, et cela est paraît-il typique de certaines ethnies. Nous avions déjà vu ça chez les Gurung de Lapu.

Mais déjà le programme culturel s'achève et le véhicule commandé par Badri et son frère vient nous chercher pour nous ramener à Gorkha, nous épargnant ainsi 3 bonnes heures de marche.

Vendredi 3 janvier : En route pour Lapu et Gumda, à la rencontre de Jit Bahadur Sunar, et de Dil Prasad Gurung, infirmiers des dispensaires.

View Lapu est un village situé à flanc de montagne, sur la rive droite de la Bouddhi Gandaki.

AFPN a participé au financement de la construction d'un dispensaire et finance un complément de salaire pour l'infirmier et son aide. Gumda est situé 3-4 heures de marche de Lapu, un peu plus haut, sur le même flanc, et AFPN y finance un complément de salaire pour l'aide de l'infirmier, qui, lui, est salarié par le gouvernement.

Nous nous levons donc à 5h15 et déjeunons de thé et pancakes au miel, vu que les toasts ont été mangés par les chats (on ne perd pas au change !). Nous nous rendons à pied à la gare routière d'où partent les bus pour Aarughat, situé à 40km à l'est de Gorkha, sur les rives de la Bouddhi Gandaki. Nous prenons le bus de 7h et parvenons à destination à 10h30. Nous avons navigué parfois au-dessus du brouillard, parfois en dessous pour arriver finalement bien en dessous : Aarughat n'est qu'à 600m d'altitude. C'est donc dans la grisaille que nous attendons le bus de Kathmandou par lequel Clotilde nous rejoint à 15h.

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Entre temps, le ciel s'est dégagé et c'est par grand soleil que nous partons à pied vers Arkhet où nous passons la nuit dans un lodge propret.

Samedi 4 janvier : Nous continuons à remonter la Bouddhi Gandaki, à pied, par la piste en construction.

Après Soti-Khola, nous parvenons à 9h15 au lieu dit "Almara", d'où part le chemin qui monte à Lapu. C'est un bon chemin qui s'élève rapidement, traversant des champs puis une forêt de sal, puis à nouveau des champs et un village très clairsemé : Bhirgunj.

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Nous déjeunons à la dernière maison, puis nous repartons.
Le sentier grimpe très sec, jusqu'à un "chautara" au-delà duquel il part à flanc pour arriver rapidement à Lapu. Il est 16h, nous sommes attendus par Jit et Ganesh.

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La population de Lapu Gaon est estimée à 500 personnes et est répartie en 4 hameaux. Cependant, le bassin de population, qui englobe les villages du bas, y compris Lapu Besi, est estimé à 4000 habitants. La population est très majoritairement Gurung. Le maire du village, qui est le grand père de Jit, est Intouchable. Il a été élu il y a quelques années, démocratiquement mais à la vive incitation des maoïstes. Intouchable, il n'est pas admis dans les maisons de ses administrés.
Jit s'est marié dernièrement avec une jeune Gurung de Bhirgunj. Sa jeune femme est en classe 10 à Aarughat. Elle souhaite faire des études d'ANM et travailler au dispensaire avec Jit. Cela nous semble être une bonne idée. Toutefois, il faut savoir que le gouvernement n'acceptera à priori pas de prendre ultérieurement en charge ni un ni deux salaires, parce qu'il y a déjà un dispensaire gouvernemental dans le secteur, sis à Lapu Besi, au bord de la Bouddhi Gandaki, 1000m plus bas...

Nous nous promenons dans le village avec Ganesh et Jit.
Les quelques fontaines qui parsèment les hameaux ont été construites il y a environ 15 ans par une association appelée "Care Népal". Il n'y a pas de réseau de distribution d'eau courante. On voit des fosses fraîchement creusées devant nombre de maisons : les villageois sont fortement incités à construire des latrines. Le Népal recevrait des subventions internationales pour ça et soumettrait des aides sociales à cette condition.

Nous logeons dans la maison d'accueil tenue par des parents de Ganesh. Un lodge communautaire a bien été construit, mais il n'est pas en service. D'ailleurs, on n'a pas prévu d'y adjoindre des latrines …

Dimanche 5 janvier : Après un petit-déjeuner constitué de "beignets tibétains", confectionnés par Sudeep et Houbi Lal, nous faisons un brin de lessive à la fontaine du hameau du haut, dont le débit est plus élevé que celle du hameau intermédiaire où nous logeons. En outre, près de la fontaine ont été érigées de magnifiques toilettes rincées régulièrement du fait de la disponibilité de l'eau, donc propres.

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Puis nous nous rendons au dispensaire. Quelques femmes se présentent : Jit a un bon contact avec les patients, il donne beaucoup de conseils, même si l'examen clinique reste succinct.
Nous rencontrons une jeune Népalaise, ANM, qui travaille pour un programme soutenu par une ONG autrichienne. Elle va de village en village, examine les femmes enceintes et prodigue des conseils d'hygiène et de prévention.
Enfin nous inspectons les toilettes attenantes au dispensaire, bâties grâce aux efforts des Compagnons de la Wantzenau durant l'été 2012 : elles sont fort belles mais l'absence de point d'eau à proximité rend leur entretien aléatoire.

L'après-midi se passe paresseusement en compagnie de Ganesh. Son oncle, un ancien notable du village, nous invite à déguster du miel en rayon, du soja grillé et du rakshi de millet et de maïs aromatisé au miel.
Chemin faisant, on apprend qu'un jeune homme du village est mort ce jour même dans les Emirats.
Dans chaque famille, au moins une personne, homme ou femme, part travailler à l'étranger, à tel point que l'argent envoyé par ces émigrés constitue la première ressource du pays. Les Emirats, du fait de leur essor économique et des chantiers pharaoniques qui s'y développent, procurent des emplois en nombre. Chanceux ceux qui travaillent dans des locaux climatisés, même si c'est à "mi-temps", 12 heures par jour, 6 jours sur 7. Dehors, il fait 40° et les décès sont nombreux chez les ouvriers du bâtiment.

Nous rencontrons le soir des membres du comité de santé : le président, Kancha Sunar, qui est aussi le maire du village, Sorod Gurung, Jit et Ganesh. Nous abordons la question d'une rémunération complémentaire pour Jit et Man Maya, son aide. Nous insistons sur le fait qu'AFPN est tributaire des dons et ne peut pas garantir la pérennité de son aide. Nous encourageons Jit à se faire payer en cas de visite à domicile.

Nous sommes à priori favorables à ce qu'AFPN octroie une bourse à l'épouse de Jit afin qu'elle puisse suivre des études d'ANM (à Jiri ou à Damauli). Nous invitons le comité de santé à réfléchir d'ors et déjà à la rémunération ultérieure de cette jeune femme. Le comité de santé essaiera d'obtenir "quand même" l'aide des autorités de santé régionales.

Lundi 6 janvier : Il fait grand beau temps et nous nous rendons tranquillement à Gumda où nous sommes accueillis avec écharpes et colliers de fleurs par le comité des femmes, le comité de santé, Dil Prasad et son aide Sunil Gurung, ainsi que par la mère de Bish Maya Gurung.

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Nous apprenons qu'il y a une 3ème personne qui travaille au dispensaire : Tej Man Gurung, le peon, qui cherche les vaccins et transporte les courriers, à pied, bien sûr.

View Le fauteuil dentaire financé par AFPN est fonctionnel. Il est toutefois très simple.

Du reste, les soins proposés par Dil se bornent à l'arrachage des dents gâtées.
Chemin faisant, nous retrouvons l'ANM de l'association autrichienne. Demain, elle doit aller à Singla, sur le flanc d'en face, de l'autre coté de la Machhakhola. Dommage qu'il n'y ait pas de câble tendu d'un village à l'autre…

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Nous nous installons au "Center lodge", simple mais propre, où on nous fournit un baquet d'eau chaude pour notre toilette. Nous achetons un coq qu'on cuisine pour nous, les garçons nous ayant fait comprendre qu'il ne faudrait pas refuser une proposition dans ce sens. En fin d'après-midi, après la disparition du soleil, alors que l'air devient glacé, nous nous réfugions à la cuisine, autour de l'âtre placé à même le sol, où est cuisiné notre coq. Nous dégustons une partie de la viande à l'apéritif tandis que le reste complète nos nouilles, et celles de notre équipe népalaise.
C'est la fête toute la nuit et grâce à la fée Électricité dont est maintenant équipé le village, des haut-parleurs diffusent sans discontinuer une musique bruyante. De surcroît un vieil homme est décédé et les "jhankris" (chamanes) ont été appelés.

Mardi 7 janvier : Nous nous offrons une randonnée superbe pour nous rendre à Machhakholagaon, où un hôpital a été construit, et nous sommes curieux de savoir quelle est l'offre de soins à laquelle les habitants ont accès.

C'est un village de 300 âmes. Il y a une "maternité" : une pauvre cahute équipée d'une table gynécologique de fortune, où travaille une ANM, Mme Amala Adhikari. Amala est la sœur aînée de Kamala, laquelle a bénéficié d'une bourse AFPN. Kamala a fait ses études à Gorkha, en 2008, dans la même promotion que Jit. Amala nous en apprend sur l'ONG autrichienne, qui s'appelle "PHASE Népal" (Practical Help Achievement Self Empowerment). C'est une grosse association qui emploie 35 à 40 Népalais (ANM, CMA, staff nurse), qui a des programmes à Gorkha, Humla, Sindu Palchowk, Badjura, Kabre, dans les domaines de la santé mais aussi de l'éducation et de l'agriculture. Il y a une expatriée autrichienne, le docteur Greda, qui parle très bien Nepali et organise des formations en pédiatrie et gynéco-obstétrique.
Une autre association étrangère, Britannique, appelée "Community Action Nepal" intervient depuis 12 ans pour soutenir des dispensaires.

Après la visite de la "maternité", nous nous rendons à l'hôpital. Sa construction a été financée par un couple franco-népalais vivant à Lyon. Le mari, Jeewan, a épousé une pédiatre de Lyon. Ils ont fondé une association qui s'appelle Moina (Mother Infant in Nepal Association).
L'hôpital est un grand bâtiment de plusieurs pièces dont certaines sont déjà équipées de lits. Il est prévu qu'il y ait 20 lits.

Mercredi 8 janvier : Une longue journée de marche nous attend : nous nous levons à l'aube pour quitter Machhakholagaon à 7h15.

Nous marchons le long de la Bouddhi Gandaki, traversons des gorges impressionnantes en empruntant le chemin en balcon qui surplombe la rivière. Après Soti Khola, la vallée s'élargit, le paysage s'adoucit. Nous parvenons à Aarughat à 16h45. Ce soir, nous invitons notre équipe à dîner: c'est la fin de notre randonnée.

Jeudi 9 janvier : Nous quittons Aarughat par le bus de Kathmandou de 7h.

Nous sommes dans la brume, la piste à l'air d'être correcte. Nous atteignons Dhading Besi au bout de 3h. Au-delà, la route est goudronnée. Une heure de route encore pour atteindre la High Way Kathmandou-Pokhara. La circulation est plus dense, la conduite plus rock'n roll. Nous arrivons à Kathmandou à 15h. Au revoir, Clotilde, et merci pour ce bout de route.
Au revoir Sudeep et Houbi Lal, merci pour vos sourires et votre dévouement.

Vendredi 10 janvier : La matinée est consacrée à visiter la ville, Pashupatinath, Bodnath.

L'après-midi est dévolu aux courses. Il s'agit de se procurer les sacs, les bonnets, les cahiers… qui viendront agrémenter le stand AFPN lors des forum et autres manifestations. A 17h, Ganesh nous retrouve à l'hôtel. Il est accompagné par une jeune femme qui fait le site web de sa nouvelle agence de trek. L'accroche est "tourisme solidaire, équitable et responsable", une occasion d'expliciter ce que chacun de ces mots signifie, les valeurs, leur sens et l'engagement que cette déclaration implique.

Samedi 11 janvier : Lever à 5h, Dhan Prasad nous fait un dernier "au revoir» avant que nous montions dans le taxi, avec Tule, chargé de nous accompagné jusqu'à l'aéroport, où il nous débarque rapidement, visiblement soulagé d'avoir bouclé sa mission. Merci Tule, pour l'efficacité de l'organisation.
2 portefaix nous aident à transbahuter nos sacs jusqu'au guichet d'enregistrement et là … "sorry, 8h delayed".
Nous enregistrons nos bagages, remplissons les derniers papiers attestant que nous quittons le territoire népalais et passons en salle "extra-territoriale".

Commence un entre-deux prolongé …

A quel moment prend fin un voyage ? Lorsqu'on franchit la porte de l'hôtel ? Ou celle de sa maison ?
Lorsque le point final du compte-rendu est tracé ? Ou lorsqu'on a achevé le projet dans lequel il s'est inscrit ?
Et si, à l'instar de la vie, un voyage "ne commence ni ne finit … il continue … " ? (Paul Milliez)

Pour AFPN,
Françoise

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