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Récit du voyage effectué en novembre-décembre 2006...
... par Marie-Noëlle et
Elise Ertlen, Chantal Decock, Daniel Pfeiffer et Françoise Halbwachs (à
leurs propres frais).
Comme vous le savez, cinq membres de l’association AFPN se sont
rendus au Népal en novembre 2006, à leurs frais, pour un séjour de
trois semaines. Parce qu’ils aiment ce pays, parce qu’il est bon de
voir “de visu” où en sont nos programmes d’aide, non seulement pour
témoigner de notre soutien à nos partenaires locaux mais aussi parce
que nous avons des comptes à rendre auprès des donateurs.
Vous savez qu’ils se déclinent en plusieurs modes : - notre programme essentiel tient dans l’attribution de bourses de
formation aux professions de santé, à Jiri et à Gorkha; la demande
émane de nos partenaires la plupart du temps mais parfois nous est
adressée directement - s’y articule l’aide au développement par le commerce équitable à
Gorkha - de façon plus périphérique, s’y greffe l’aide à l’école de Paudwar,
par la branche “Cop’s” des lycéennes de la région mulhousienne, - enfin, l’association procure une aide en médicament à une femme
membre de notre association partenaire “Human Welfare”. Cela fait beaucoup d’entretiens et de visites, échelonnés sur 3
semaines!
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Nous atterrissons à Kathmandu le 19 novembre, en fin de matinée.
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Nous sommes accueillis avec des colliers de fleurs par notre ami Ganesh
Gurung, guide. L’après-midi, nous nous rendons au stupa bouddhiste de Bodnath, où nous
retrouvons avec plaisir cette ambiance bien particulière, empreinte de
la piété des fidèles et de l’agitation mercantile des différentes
boutiques placées tout autour du stupa. Nous rentrons à l’hôtel à pied, à travers les petites ruelles. Autant
les grands axes, notamment Ring Road, sont encombrés par des véhicules
klaxonnant sans cesse, autant les petites ruelles étroites qui plongent
au cœur des quartiers d’habitation semblent calmes et hors du temps.
Lundi 20 novembre : Tôt le matin, nous prenons le bus pour Gorkha. C’est une bourgade
importante mais d’allure très rurale, juchée à flanc de montagne, à une
altitude de 1500m. Nous nous y promenons tandis que Badri est pris par
une réunion: il s’agit d’organiser l’accueil de la délégation de
Japonais qui viendront prochainement commémorer la première ascension
du Manaslu. Le soir, Badri nous convie à un apéritif très arrosé d’un rakshi
préparé par sa sœur l’après-midi même.
Mardi 21 novembre : Nous nous rendons à l’école de formation des “Community Medical
Assistants”. Depuis 1996, AFPN finance annuellement le montant de 5
bourses de formations, que Badri répartit entre 5 et 10 élèves, selon
les besoins. L’école forme des “Community Medical Assistants” en 15 mois. Les CMA
sont responsables des “sub health post”, les dispensaires secondaires. Les dispensaires principaux sont dirigés par des Health Assistants qui
sont, eux, formés en 3 ans.
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Nous rencontrons les étudiants de la “promotion 11” dont le cursus
vient de démarrer Une quinzaine d’élèves - majoritairement des filles -
sont dans la salle de classe.
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Les bourses n’ont pas encore été attribuées et chacun d’eux espère en bénéficier. Tous sont originaires du district de Gorkha, dans un rayon maximal d’un jour et demi de
marche. Nous leur rappelons la philosophie de l’association et les critères
d’attribution, en insistant sur l’engagement à s’installer
ultérieurement en zone reculée et l’incapacité à faire face au
financement des études.
Après la visite de l’école, nous nous rendons au local de la
coopérative des artisanes. La coopérative comprend une quinzaines d’artisanes, qui tissent,
tricotent ou cousent chez elles. Il n’y a pas de manufactures de
production et c’est hélas son authenticité qui est le défaut
rédhibitoire de cet artisanat : car chaque pièce est unique, et sacs et
chapeaux n’ont pas la même taille, la même forme ni les mêmes couleurs
d’une commande à l’autre ! Ce programme a démarré voici 5 ans; il aurait idéalement fallut un
volume de commandes correspondant à 500 euros par mois mais malgré nos
efforts auprès des boutiques de commerce équitable d’Alsace, nous
n’avons pas obtenu un tel débouché. Néanmoins, la volonté de poursuivre
est présente.
Dans l’après-midi, nous rencontrons 5 des 11 étudiants de la promotion
n° 10, qui sont en train de passer leurs examens nationaux. Tous ont
l’intention de travailler dans des dispensaires secondaires. Nous les
félicitons et les encourageons dans leur choix.
En passant, Badri nous informe que Prakash Shah, le médecin dont nous
avons financé la formation, est en poste dans une région reculée. De retour chez notre ami, le soir, nous regardons la télévision
népalaise et nous avons la surprise d’assister à la signature “en
direct” d’un traité de paix entre les maoïstes et les différents partis
politiques; le roi Gyanendra, n’est pas présent à la cérémonie, comme
s’il n’appartenait déjà plus à l’avenir du pays.
L’impression qui se dégage est que, peut-être, désormais, le pays a une
chance d’évoluer favorablement...
Mercredi 22 novembre : Ganesh a affrété pour nous un “micro-bus” et nous 5, Badri, Ganesh et
Padam, le porteur, qui nous a rejoint avec nos permis de trek, partons
vers Pokhara. Après une bonne demi heure de route, voilà-t-y pas que le téléphone
portable de Badri se met à sonner ! Juste le temps pour moi de pester
intérieurement contre ce sale petit engin et contre la manie qu’a Badri
de l’utiliser outrancièrement (ah la la, le Népal n’est plus ce qu’il
était...)... mais c’est pour nous informer que les sacs de Ganesh et
Padam sont restés à Gorkha - avec nos permis dedans !!! Finalement un
employé de Badri viendra à moto à Kairani nous les apporter. Nous
attendons une bonne heure en buvant du thé et en mangeant des
clémentines, tout en méditant sur le développement technologique qui
enlève certes un certain charme à la vie, tout en la simplifiant
considérablement.
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La route est bonne et malgré ce contre temps, nous atteignons Pokhara
en fin de matinée.
L’après-midi, nous flânons au bord du lac: en fait, il y a tant de
magasins qu’on ne l’aperçoit plus guère !
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Chemin faisant, nous tombons
sur une boutique qui vend des articles d’artisanat semblables à ceux
produits à Gorkha. Elle est signalée par un sigle représentant un
chevalet rouge: “stop au travail des enfants, achetez de l’artisanat
fabriqué par les femmes”. Au cours du voyage, nous apercevrons
plusieurs boutiques signalées par le même logo, à se demander si
l’argument éthique n’est pas avant tout publicitaire...
Jeudi 23 novembre : Ganesh, parti acheter les tickets de bus, revient avec un véhicule qui
accepte de nous emmener à Béni, à une soixantaine de kms de là.
Nous parvenons à Béni, où la route s’arrête provisoirement. Il faut
traverser la Kali Gandaki, sur un pont suspendu (que parviennent à
emprunter les motos!), puis prendre un autre véhicule jusqu’à
Galeshwar, à 3 kms de là, où il faut à nouveau traverser un autre pont
suspendu pour atteindre la station des 4x4 qui font la navettes jusqu’à
Tiplyang, situé à une dizaine de kms en amont. Les rues de Béni sont proprement balayées. Hélas, les ordures ramassées
sont jetées du haut du pont directement dans la Kali-Gandaki. Hop,
direct dans la rivière, les sachets aluminisés, les plastiques
d’emballage et probablement les piles ! En fait, la politique officielle
est l’enfouissement des déchets ou la combustion à l’air libre. Vu la
modification du mode de vie et l’augmentation de la consommation de
produits emballés, le traitement des ordures devient un véritable
problème.
A Tiplyang où nous parvenons vers 16h, nous trouvons Karma Raju, venu
de Jomssom avec le cheval qui doit porter Marie-Noëlle. C’est un bel
animal, blanc, dont la selle est couverte d’un beau tapis tibétain et
nous l’appelons “Roulio”.
Nous continuons donc à pied et parvenons à
Tatopani à la nuit tombante. Le village a été en parti détruit par une
coulée de boue et il n’en reste qu’un lodge, le “New Hot Spring Sujita
Lodge”, en fait le seul lodge ouvert entre Tiplyang et Tatopani. Nous sommes soulagés et dégustons avec plaisir l’apéritif de “suguti”
(viande séchée grillée) accompagné de brandy de pomme de Marpha allongé
d’eau chaude.
Vendredi 24 novembre : Le temps est dégagé et nous reprenons la route après un bon petit
déjeuner composé de crêpes épaisses et de thé. Peu avant Tatopani, nous
arrivons à un poste de contrôle: nous devons montrer nos certificats
d’enregistrement à l’association des agences de trekking du Népal.
Ganesh lui même doit montrer sa licence de guide. Cette obligation est
semble-t-il récente, suite au “trop grand nombre de disparitions de
touristes”... je pense pour ma part que c’est une façon de donner du
travail aux agences, qui ont été sérieusement mises à mal par la
défection des touristes consécutive aux violences politiques qui ont
secoué le pays. Nous parvenons à Tatopani et y retrouvons avec plaisir Basuda, toujours
aux commandes du Trekker’s lodge. Après le déjeuner, tandis que Marie
Noëlle reste à Tatopani avec Padam, Karma et Roulio, nous prenons le
chemin de Paudwar; il est très raide, en escalier sur de larges
portions, quasi impraticable à cheval.
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...
...est situé 1000m au
dessus de Tatopani; c’est un village accroché à flanc de montagne, suspendu entre ciel et terre.
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Nous y arrivons en fin d’après midi et
logeons chez mon ami Babu Ram. Il tient une épicerie. Pendant plusieurs
années, il a été convoyeur de mulets. Puis il a travaillé à l’étranger;
il m’avait dit qu’il était parti au Japon, mais y avait été incarcéré
plusieurs semaines, parce qu’il n’avait pas de visa de travail;
toujours est-il qu’il a pu accumuler un petit pécule qui lui a permis
de monter un commerce. Par ailleurs, il a aménagé sa maison de façon à
pouvoir accueillir quelques personnes de passage. Sa femme, Hasta Maya, sert du thé, du rakshi et des repas, dans la
pièce qui lui sert de cuisine et où une dizaine de personnes peuvent
s’installer, autour de l’unique table et par terre, assises sur des
nattes.
Samedi 25 novembre : Vers 10h30, Tham Maya, la directrice de l’école, vient nous chercher.
Nous nous rendons tout d’abord à la fromagerie. Elle a été construite à
l’initiative de Gyan Bahadur, alors directeur de l’école, dans le but
d’en améliorer les ressources et, accessoirement, de fournir du travail
aux agriculteurs. Elle a été une source de tracas sans nombre mais
produit désormais du fromage de vache dont la qualité est reconnue. Il
faut 12 litres de lait pour faire 1 kg de fromage ; la fromagerie
produit chaque jour 2 petites meules de 2 à 3 kgs chacune. La fromagerie comporte une pièce contenant des cuves en cuivre et
divers instruments de contrôle de la qualité du lait, ainsi qu’une
pièce d’affinage des meules. Le thermomètre de contrôle de la cuisson
du lait est malheureusement cassé et nous apportons, à la demande de
Gyan Bahadur, un nouveau thermomètre électronique professionnel, solide
et performant, acheté à Strasbourg, d’un coût de 200 euros, offert par
Chantal, pour AFPN. Nous nous rendons ensuite à l’internat de l’école. L’école de Paudwar assure l’enseignement jusqu’en classe 10 et 65% des élèves habitent à
plusieurs heures de marche de là. En 2001, l’école avait construit un
bâtiment de 5 pièces, hébergeant une vingtaine d’élèves mais un
deuxième bâtiment s’avérait nécessaire. Un groupe de jeunes lycéennes
du collège Jean XXIII de Mulhouse, les “Cop’s”, s’était attelé au
financement de la construction de ce bâtiment, grâce au soutien d’un
professeur, Monsieur Philippe Pierrel et avait collecté les 3000 euros
nécessaires. Le nouveau bâtiment a été construit en 2004-2005.
Il fait environ 20 mètres de long sur 4 de large et comprend 5 pièces,
dont chacune héberge 4 étudiantes.
Les “Cop’s” ont depuis passé le bac et ont quitté Mulhouse; néanmoins,
le groupe continue à soutenir l’école, ainsi que Mr Pierrel, qui
organise tous les ans un “bol de riz” au sein de l’école Jean XXIII. L’école souhaiterait construire de nouveaux bâtiments d’hébergement,
les bâtiments de l’ancienne école se sont effondrés en 2005 et sont en
reconstruction: c’est dire si toute aide financière est bienvenue ! Puis nous allons au cabinet de consultation de Shanti Tilija et Til
Kumari Purja, qui sont des jeunes femmes du village qui ont fait des
études d’ANM à l’école de Jiri en 2001-2003. Elles ont préféré n’ouvrir
qu’un cabinet de consultation avec pharmacie où elles travaillaient en
se relayant. Mais voilà, Til Kumari est partie ; Shanti ne sait pas trop
si elle même restera encore longtemps. Néanmoins, elle continue à
accueillir et soigner 30 à 40 patients par semaine
Puis nous sommes invités à une cérémonie de remerciement, dans la
grande cour de l’école. En y allant, nous rencontrons le capitaine
Allister, soldat de l’armée britannique. En effet, les Gurkhas - il y en
a 3000 actuellement enrôlés dans l’armée britannique, qui en recrute
300 par an - et les anciens Gurkhas de Sa Majesté peuvent solliciter
une aide au bénéfice d’un projet de développement pour leur village
d’origine. Et il y a eu des gens de Paudwar parmi les Gurkhas. Le
capitaine est donc là suite à la demande d’aide au financement de la
reconstruction de l’école, plus précisément le bâtiment qui doit
abriter les 3 grandes classes. Au Népal depuis 3 mois à peine, il parle
remarquablement bien le népali et après avoir discuté brièvement avec
Tham Maya, il nous accompagne à la cérémonie. Nous prenons place à la table installée dans la cours de l’école. De
jeunes élèves nous remettent à chacun plusieurs colliers de fleurs.
Puis viennent les discours; Tham Maya prend la parole, pour rappeler
notre attachement à Paudwar et nous en remercier. Après quoi, un groupe
d’élèves accompagné par le son d’un harmonium entonne un chant de
bienvenue, il me semble composé par quelqu’un du village. Puis nous
assistons à des danses traditionnelles. Puis Badri prend la parole; il
a beaucoup d’aisance, on voit que c’est un notable. Le capitaine et
moi-même improvisons également une petite allocution ; je leur dis mon
admiration devant leurs efforts à développer leur village. Suivent d’autres danses et le programme prend fin après que Tham Maya
m’ait remis une photographie encadrée et sous verre de l’école de
Paudwar, que nous transmettrons à Mr Pierrel.
Puis, ayant pris congé, nous redescendons à Tatopani.
Dimanche 26 novembre : Après un bain matinal dans les sources chaudes, nos affaires prêtes,
nous nous mettons en route, et remontons le long de la Kali Gandaki. Le
chemin est facile pour Roulio et pour nous. Mais après Dana, le chemin de Khabre est fermé pour cause de travaux,
en raison du risque d’éboulement de cailloux rendus instables par les
explosions des charges de dynamite. C’est à dire que, depuis Tiplyang,
les zones de chantier de la construction de la route s’égrènent et, de
loin en loin, des groupes d’hommes armés de barres à mine et de pelles
entament la montagnes sur quelques centaines de mètres. A cet endroit,
la Kali Gandaki coule dans des gorges étroites et la construction de la
route pose de grandes difficultés. Nous devons donc prendre le chemin de Balabas, après avoir traversé la
rivière sur un pont branlant. Le chemin est large mais grimpe dur. Nous
parvenons à Balabas qui est un petit hameau tranquille, puis nous
redescendons sur Kopchepani avant de remonter à Talbagar, la frontière
avec le “bas-Mustang”.
De l’autre coté des gorges, de loin en loin nous apercevons les
chantiers ; de jeunes cantonniers sont accrochés au dessus d’à- pics
vertigineux, râpés par les éboulements provoqués par la construction de
la route, taillant le chemin dans une roche friable et instable. Puis nous retraversons la Kali-Gandaki et atteignons une route qui nous
conduit doucement à Ghasa.
Nous n’allons désormais plus quitter cette route, pour le plus grand
bonheur de Roulio !
Nous faisons halte au premier lodge de Ghasa, le “eagle nest lodge”.
Nous prenons l’apéritif: “suguti “ et brandy ! A partir de Ghasa, les murs des lodges et les menus sont couverts de
messages éducatifs: “n’achetez pas l’eau en bouteille plastique,
remplissez vos gourdes aux fontaines d’eau potable signalées sur
l’itinéraire”, “votre porteur : brave, costaud mais fragile, prenez en
soin”, “comportez vous correctement, par respect pour les populations
locales” etc...
Lundi 27 novembre : Le chemin est large désormais. Jusqu’à Lete, les cantonniers s’activent
presque tout du long de la route, que nous empruntons, pour l’élargir,
la dégager, la stabiliser. Après le pont de Lete et la côte pentue qui s’ensuit, la route devient
praticable pour les véhicules motorisés. Peu après Kalopani, le fond de la vallée est si large et monte en pente
si douce que tracer cette bonne piste n’a pas dû poser grande
difficulté. Et désormais nous croisons des motos, montées par avion
jusqu’à Jomssom, et qui peu à peu supplantent le cheval!!! Moins chères
(d’occasion elles coûtent 30 000 rps au lieu de 100 000 pour un
cheval), ne consommant qu’à l’utilisation. Mais... “pollution,
pollution !”... Enfin, pour le moment, il y a fort peu de véhicules et on
peut encore randonner avec plaisir dans ce paysage que je considère
comme l’un des plus beaux du monde: la large plaine grise de la
Kali-Gandaki qui y étale de multiples bras, les pentes ocres
recouvertes de forêt de sapins puis les sommets argentés du Nilgiri,
les chutes de séracs du glacier du Dhaulagiri, la crête acérée et
enneigée du Tukuche Peak, les villages de maisons blanches à toits
plats couverts de fagots et de bûches, les visages souriants des
habitants Thakalis. Nous faisons étape à Larjung. Le lodge est très confortable, il y a
même des douches chaudes. Il faut dire qu’en 20 ans, le confort des
lodge s’est grandement amélioré. Je ne sais par contre pas si celui des
habitations a beaucoup évolué.
Mardi 28 novembre : Au réveil, une brume épaisse noie la vallée ; elle se dissipe
heureusement rapidement dès l’arrivée du soleil.
Nous reprenons la route et faisons la pause à Marpha. Les maisons sont
basses, à toits plats ; elle comportent des cours intérieures ainsi que
des vérandas qui permettent de protéger du vent froid et d’accumuler la
chaleur du soleil. Elles servent aussi de séchoir aux rondelles de
pommes. En effet, Marpha est réputée pour ses vergers créés il y a
maintenant quelques décennies par un Népalais qui a étudié
l’agriculture à Montpellier. Les pommes sont délicieuses; elles sont
consommées ou vendues fraîches ou en rondelles séchées, ou distillées
en un brandy renommé. Nous visitons aussi la “gompa” nouvellement érigée. C’est une imposante
bâtisse accessible par un escalier monumental, qui comprend une cours
intérieure et un bâtiment central d’une grande pièce. Il faut se
déchausser avant d’en franchir le seuil.
Au fond, au bout de l’allée qui traverse la pièce, trônent des statues
polychromes représentant Padmasambava, Shakyamuni et Avalokitechvara. A
droite de l’allée est placé le fauteuil du Rimpoché avec sa photo et
ses attributs : le Vajra (foudre-diamant, symbole de la destruction de
l’ignorance), la clochette (symbole de sagesse). Le long de l’allée, de
part et d’autre, les livres saints sont rangés dans leurs casiers
respectifs. Les murs sont décorés de motifs religieux aux couleurs
vives.
Après le déjeuner, nous reprenons notre route et parvenons à Jomssom.
Cette bourgade n’a guère changé hormis que la rue principale, pavée de
grosses dalles, est désormais envahie de motos pétaradantes.
Mercredi 29 novembre : Notre prochaine étape est Muktinath, situé à 3800m d’altitude, 1000m
plus haut que Jomssom,
Arrivés à Kindhar, nous sommes étonnés par la présence de cuiseurs
solaires dans toutes les cours. Ces cuiseurs sont des paraboles faites
de lattes d’aluminium, mobiles, orientables, avec en leur centre un
emplacement pour la casserole. Autant de bois d’économisé pour le thé !
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Nous y parvenons en fin d’après midi et logeons au “North
Pole” de la terrasse duquel la vue est magnifique
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Jeudi 30 novembre : Après une nuit particulièrement pénible pour ceux d’entre nous les plus
sensibles aux effets de l’altitude, nous montons au monastère. Le monastère se présente comme un parc comprenant plusieurs pavillons
et temples ainsi que des chörtens et des murs ornés de rangées de
moulins à prière. Badri est très heureux d’avoir atteint le temple de
Muktinath, lieu de pèlerinage très important, dédié à Vishnu, où il
peut accomplir ses “pujas”. Puis nous nous rendons au temple bouddhiste
dédié à Avalokiteshvara. Il est situé sur une roche de laquelle
s’échappent des émanation de gaz naturel enflammées et de laquelle
coule une source. La pièce qui constitue le temple est ornée comme la
“gompa” de Marpha de statues polychromes et de peintures murales.
Après quoi, nous entamons la descente vers Kag Beni. Chemin faisant,
nous visitons le temple de Jarkoth, auquel est attenant un centre de
médecine tibétaine, créé il y a quelques années grâce à l’aide de la
coopération autrichienne. Un jeune médecin népalais, formé à cette
médecine, y exerce depuis 2 ans. Les traitements sont à base de
plantes, de poudre de racines ou de roches; le médecin cueille lui-même
certaines plantes et fabrique certaines poudres tandis que d’autres
sont achetées à Kathmandou.
Vendredi 1er décembre : Nous partons tôt afin d’atteindre Jomssom avant que le vent ne se lève.
L’après-midi, tandis que Ganesh récupère nos billets d’avion pour le
vol pour Pokhara du lendemain, nous visitons l’office du tourisme et
l’éco-musée, qui exposent les particularités ethniques de la région
ainsi que sa faune et sa flore.
Samedi 2 décembre : Nous nous levons à l’aube pour prendre le petit bimoteur qui doit nous
ramener à Pokhara. Notre zinc contient une quinzaine de places. A
gauche, le hublot donnera de près sur le Nilgiri, les Annapurna, la
Macha Puchhare. A droite, ce sera le Dhaulagiri, d’un peu plus loin, et
les villages égrenés le long de la Kali-Gandaki jusqu’à Tatopani, puis
la colline de Poon-Hill. Le sort me place à droite et c’est avec
beaucoup d’émotion que je suis à rebours le ruban ténu du chemin que
nous avons emprunté. Je salue une dernière fois Tatopani puis Paudwar,
mais aussi tous ces villages où j’ai travaillé il y a 20 ans. Nous
rasons Gorepani, passant en dessous de Poon Hill, et obliquons vers
Pokhara.
Le micro-bus réservé téléphoniquement par Ganesh depuis Jomssom nous
attend en face de l’aéroport et nous partons vers Kathmandu. Badri
nous quitte à l’embranchement de la route de Gorkha. Il est lourdement
chargé de pommes, de brandy et de cadeaux “tibétains” achetés à
Jomssom.
Quant à nous, nous parvenons à Kathmandou en fin d’après midi, et nous
retrouvons la ville, ses embouteillages, ses klaxons, ses effluves.
Dimanche 3 décembre : Jour de repos ! Nous en profitons pour chercher la Nepal Bank Limited où
nous pourrons avoir l’IBAN qui nous permettra d’envoyer en toute
sécurité l’argent que les “Cop’s” et Mr Pierrel ont collecté pour
l’école de Paudwar. Car si un premier envoi était arrivé sans encombre
en 2004, en 2005, l’argent s’était égaré durant 6 mois et il avait
fallut toute la force de persuasion de Robert pour que notre banque
entreprenne les démarches nécessaires au dénouement heureux de ce
mystère. Ce qui fait qu’en 2006, notre banque a refusé d’effectuer le
virement, à moins que l’on ne connaisse l’IBAN de la banque népalaise. Déambulant dans une des principales artères de Kathmandou, nous
apercevons un grand bâtiment portant l’enseigne de la Nepal Bank
Limited. Il s’agit d’une succursale; nous entrons dans une immense
pièce bordée de nombreux guichets, derrière lesquels des employés,
assis à 10 autours d’une table, trient des papiers en discutant et en
buvant du thé. Pas un ordinateur, mais des piles de documents ! Tout est
traité à la main ! Personne ne sait ce qu’IBAN signifie mais on nous
donne le “swift code” en nous assurant que ça suffit. Avant de quitter Kathmandu, nous nous rendrons quand même à la
maison-mère: une vraie banque, pleine d’ordinateurs, celle-là ! Mais là
aussi, à défaut d’IBAN, on nous donne le swift code (heureusement le
même !).
De fait, ce swift code permettra finalement le virement.
Puis nous allons à Patan, pour visiter ; chemin faisant, nous entrons
dans quelques librairies qui sont de vraies cavernes d’Ali Baba. On y
trouve de nombreux ouvrages universitaires népalais (en anglais), peu
onéreux, traitant des ressources et du développement du pays, ainsi que
des livres d’analyse politique. Le soir, nous dînons chez Ganesh. Il nous parle de sa nièce, Asha
Gurung, qui veut entreprendre des études de médecine. Il nous assure
qu’elle est bonne élève, bien qu’elle ait échoué au très difficile
concours d’entrée de la faculté de Kathmandou. Aussi va -t-elle partir
à Dakha, au Bengladesh. Toute la famille se cotise pour financer ses
études. Le coût en est estimé à 1000 euros par an (hébergement au
campus, nourriture, inscription et frais de scolarité). Elle aimerait
plus tard travailler à Laprak, près de Gorkha, où se trouve le berceau
de la famille.
Une aide aussi partielle soit elle serait bienvenue. Le projet d’Asha
n’entre pas “stricto sensu” dans celui d’AFPN : je doute qu’en tant que
médecin elle puisse vivre de son art dans une zone si rurale.
Néanmoins, il s’agit quand même de former un “professionnel de santé”,
originaire d’une zone reculée, et le Népal en a besoin. Notre groupe
décide de participer au coté de sa famille et elle s’engage à nous
écrire régulièrement.
Lundi 4 décembre : Aujourd’hui, nous allons à Kaldhar, car l‘association a été sollicitée
pour financer la formation paramédicale d’une jeune femme de ce
village, Layul Lama, afin qu’elle y créé une petite structure de soins. C’est un village Tamang, situé à 65 km à l’est de Kathmandu, au delà
de Dhulikel, sur la route de Janakpur, au dessus du village de
Mangeltar.
Après Dhulikel, la route serpente à flanc de montagne, offrant une vue
magnifique sur les sommets enneigés du Lang Tang. Elle longe des
précipices impressionnants car les “collines” sont escarpées. Nous traversons Khanalthok, large col évasé, accueillant de vastes
champs en terrasses étendues, puis descendons la vallée étroite de la
Sun Koshi jusqu’à Mangeltar où nous parvenons peu avant midi.
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Laissant là notre véhicule, nous traversons le pont qui enjambe la
rivière Sun Koshi et escaladons le raidillon qui mène au village, situé
deux petites centaines de mètres plus haut
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A l’entrée du village, nous rencontrons Dawa, le père de Layul, qui a
été informé de notre venue et qui nous attend. Il nous mène à sa maison. Nous traversons donc le village, passons
devant un “stupa” en construction, puis devant l’école, qui semble
neuve et fraîchement peinte, et enfin un vaste “chautara” ombragé par
deux beaux arbres où la population du village s’est assemblée pour
discuter des affaires locales. Dawa nous reçoit chaleureusement chez lui, nous offre du thé et de la
papaye fraîche puis nous fait visiter le village, qui est propre et
bien tenu. Chaque habitation comporte une maison et un jardin. On voit
beaucoup de chèvres et quelques bufflesses.
Les habitants sont la plupart agriculteurs et leurs ressources
proviennent de la vente du lait de bufflesse à la laiterie de
Kathmandu. Une vingtaines de jeunes travaillent dans les Emirats et
envoient leurs paies à leurs familles. Voici 2 ans, les habitants ont créé une association, Lama-ecovillage,
présidée par Khadga, fils de Dawa Lama et frère de Layul, qui a pour
mission le développement du village. Cette association a sollicité
l’aide de l’association française Solhimal (anciennement “Tibet
Libre”), qui a financé la construction de latrines pour chacune des 85
habitations, la reconstruction de l’école, et qui envoie des
volontaires enseignants.
Layul et Khadga sont à Kathmandu, mais grâce au téléphone, nous
convenons d’un rendez-vous avec Khadga à Dhulikel, où nous avons prévu
de passer la nuit. Avec regret, nous prenons trop rapidement congé de ce sympathique et
dynamique village, mais sommes heureux de rencontrer Khadga à la guest
house où nous faisons halte. Il nous parle de son village, de
l’association et aussi de sa sœur.
Layul a réussi le SLC et souhaite faire des études de CMA ou d’ANM. La
question de la création d’une structure de soin à Kaldhar est posée,
celle de la rémunération ultérieure de Layul aussi. Toutefois, il est
envisageable qu’elle soit employée dans le dispensaire de Mangeltar. Par ailleurs, l’hôpital le plus proche est celui de Dhulikel et les
habitants de Kaldhar nous font part de leur désir que le village soit
doté d’une ambulance permettant l’évacuation rapide des patients vers
cet hôpital.
Mardi 5 décembre : Après le petit déjeuner, la jeep de l’école de Jiri, avec Deepak à
bord, nous prend au passage.
La route: c’est d’abord celle de Lhassa; quittant la Vallée, elle
plonge sur Panchkhal. Là, nous avons une pensée pour le dispensaire
d’Hokse, que nous avons soutenu, qui a dû fermer ses portes en février
2006. Deepak nous explique que les maoïstes ont racketté le
dispensaire, exigeant une somme équivalent à un millier d’euros. Le
comité responsable a refusé de payer et le dispensaire a dû cesser son
activité, alors même qu’il assurait les soins à une population
particulièrement pauvre. C’est navrant et incompréhensible. Puis la route serpente au fond d’une gorge étroite jusqu’à Dolalghat et
remonte la Bhote Koshi jusqu’à Lamosangu d’où nous bifurquons ; mince
ruban de bitume, elle escalade la montagne sur plus de 1500m avant
d’arriver sur une crête en balcon d’où nous avons une vue
extraordinaire sur le massif du Gaurishankar... la route du ciel... Nous redescendons sur Charikot, plongeons à nouveau jusqu’au fond de la
vallée, traversons la Tamakoshi et ré-escaladons la montagne... Nous parvenons à Jiri en début d’après midi, saoulés par tant de petits
virages... mais pas de répit, nous sommes immédiatement reçus par le
vice principal, Mr Upendra Pokharel, et par les enseignants.
L’école a été fondée par les Suisses en 1980. Elle comprend 3 sections:
sanitaire, agricole et technique et est constituée de plusieurs
bâtiments ressemblant à des chalets. Les Suisses se sont retirés du
projet voici quelques années, mais malgré les vicissitudes, le bon
niveau de l’école se maintient.
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Après le thé, nous visitons les lieux.
Dans le premier bâtiment, les élèves de première année de la section
sanitaire, en sari bleu, sont en train d’apprendre comment faire la
toilette d’un malade alité. Elles s’entraînent sur un mannequin offert
il y a plusieurs années par les Suisses, Sabrina.
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Dans un deuxième bâtiment, les boursières des 2 années, soit 14 jeunes
filles, nous accueillent avec tikka et colliers de fleurs.
Deepak fait un petit discours pour les féliciter de leurs résultats
(Kalpana notamment est major de sa promotion). Et il leur dit aussi nos
efforts pour collecter l’argent des bourses.
Kalpana, qui est en deuxième année, prend la parole; elle est très
émue. Au nom de ses camarades, elle nous remercie et nous fait savoir
que bien d’autres élèves auraient besoin de notre aide.
Puis elles nous offrent du thé et des biscuits, dont elles mangent
aussi. Ensuite, elles retournent à leurs études: les élèves de deuxième
année ont leurs examens deux jours plus tard.
Nous poursuivons la visite de l’école, la section technique et la
section agricole ; après quoi, nous nous rendons à la PMI, hébergée dans
un bâtiment attenant à l’hôpital, où les élèves des sciences médicales
effectuent une partie de leurs stages pratiques. L’organisation de ce
local n’a guère changé: il comprend plusieurs pièces où les enfants
sont pesés, mesurés, examinés, vaccinés. A noter que les déchets
médicaux comme les aiguilles sont recueillis dans des boîtes spéciales
et incinérés. Ce centre est aussi destiné à informer les mères qui s’y
rendent de tout ce qui concerne la santé: l’hygiène, l’alimentation,
les vaccinations, la prévention.
Puis nous nous rendons à l’hôpital, qui est en cours de reconstruction.
Les anciens locaux sont toujours en fonction et hébergent 15 lits. L’équipe médicale comprend deux médecins; nous rencontrons le Dr Regma
Shrestha. Elle est à Jiri depuis 8 mois et au moins pour 4 mois encore.
Elle a fait ses études à la faculté de médecine de Kathmandu. Elle
nous apprend que les médecins en fin d’études doivent obligatoirement
effectuer 1 à 3 ans de “service publique” durant lesquels ils sont
affectés aux hôpitaux des zones reculées. Sur le plan des actes pratiques, les médecins consultent en continu de
9h à 14h, à deux dans la même pièce, de part et d’autre de la même
table. A coté de la table de consultation, derrière un rideau, se
trouve un lit d’examen où il est possible d’examiner le patient de
façon plus approfondie. Le volume total des actes est de 30 à 40
consultations par jour: il est vrai que, dans de telles conditions, le
“colloque singulier” se réduit à sa plus simple expression. J’ai une
pensée très émue pour le Professeur Storck, qui a pratiqué et enseigné
la médecine la meilleure du monde, celle qui prend en compte non
seulement la réalité organique de la personne malade, mise à jour par
un examen clinique des plus fins, mais aussi son environnement
psychique et socioculturel. Les médecins font aussi des actes de petite chirurgie, comme la cure de
phymosis, ainsi que les accouchements. L’hôpital comprend encore un laboratoire d’analyses sanguines et
urinaires: NFS, VS, glycémie, créatininémie, électrolytes, tests
hépatiques, ECBU, frottis minces et gouttes épaisses, recherche des
bacilles de Koch et de Hansen, mais pas de dosages hormonaux.
Lorsqu’un patient doit être transféré à Kathmandu, il part par le
“super-express” de 7h du matin, qui met deux places gratuitement à
disposition de l’hôpital.
Mercredi le 6 décembre : Nous rentrons à Kathmandu avec la jeep de l’école. Le réservoir est
vide: las, il n’y a plus d’essence à la pompe de Charikot. En
attendant, nous grignotons donc des mandarines et des noix de cajou,
pendant que le chauffeur discute avec le pompiste. Au bout d’un certain
temps, après quelques négociations, il parvient à acheter les 15 litres
(50 roupies le litre) nécessaires pour atteindre Kathmandu et nous
repartons ! Le soir, nous retrouvons Kathmandu-la-Courtisane, parée pour les
touristes, avec ses illuminations clinquantes et sa musique américaine
tonitruante, abritant dans ses replis sombres les laissés pour compte,
gamins miséreux et mendiants.
Jeudi le 7 décembre : Comme nous avons un peu de temps devant nous, nous nous rendons à 9h à
l’ambassade de France, histoire de saluer nos compatriotes et
représentants. L’ambassade de France avait contacté l’association il y
a environ 2 ans pour son site internet où figurent toutes les
associations françaises ayant un projet au Népal. La synthèse des
renseignements que nous avions fournis avait été faite très
intelligemment et j’avais envie de le leur dire.
Bien qu’arrivant sans avoir pris rendez-vous, nous sommes rapidement
reçus par Madame la Consule, Berthylde Costille. Au cours de la
discussion Madame Costille nous informe que notre action est assez
spécifique, la plupart des associations françaises étant tournées vers
l’enseignement et les enfants. Elle nous parle aussi de la clinique
de Shechen, située près de Bodnath, où des expatriés francophones
travaillent bénévolement et nous conseille de les contacter.
De retour à l’hôtel, nous retrouvons Deepak et son épouse pour bavarder
un peu : Madame Pant nous remercie pour les médicaments et dit aller
bien.
Après le déjeuner, pris avec Clotilde, qui vit au Népal depuis 20 ans,
nous décidons de nous rendre à la clinique
de Shechen, qui se trouve près
de Bodnath.
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C’est un bâtiment d’un étage, voire deux, construit autour
d’une cours centrale fleurie
Nous nous annonçons et sommes reçus par la fondatrice, Madame Dominique
Marchal, une femme rayonnante d’une soixantaine d’années. Une
impression de force et de précision émane de sa personne.
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Elle vit au
Népal depuis 11 ans; elle n’est pas médecin mais voulait porter
assistance aux personnes mourant dans les rues, “à la Mère Térésa”. Mais chemin faisant, ça a été une clinique, médicale et dentaire, avec
consultations externes en médecine allopathique, homéopathique,
tibétaine et acupuncture, et cabinet dentaire avec plusieurs fauteuils. Les pièces sont vastes, le médecin consulte seul, dans de bonnes
conditions. Il y a aussi quelques chambres pour des hospitalisations de
plus ou moins longue durée voire des soins de fin de vie.
Il y a encore des salles de réunion où se déroulent les rencontres des
Alcooliques Anonymes et des Narcotiques Anonymes. L’infirmerie est dotée de destructeurs d’aiguille et la clinique aura
bientôt un incinérateur à trois étages. Il y a un autoclave pour
stériliser les instruments.
Il y a aussi un laboratoire très bien équipé, qui effectue aussi des
examens en externe.
Enfin, le personnel dispose d’une cantine nickelée. Il faut dire que la
clinique est surprenante d’ordre et de propreté; je ne pensais pas
qu’il pouvait y avoir au Népal un seul endroit aussi propre. Mais c’est
au prix de 3 nettoyages quotidiens, ce qui veut dire beaucoup de
personnel. La clinique emploie une cinquantaine de personnes. Les infirmières ont
le grade de staff nurses et non pas d’ANM, dont la formation correspond
plus à des emplois en dispensaire.
Elle accueille aussi des médecins européens ou américains qui viennent
travailler bénévolement sur des périodes de 1 à 3 mois. Ces médecins
sont en contre partie logés et nourris. Ils sont d’autant plus
appréciés s’ils ont des compétences particulières qu’ils peuvent
transmettre à l’équipe népalaise. Evidemment, il est préférable que les
médecins expatriés soient déjà formés et non plus étudiants.
Actuellement, la clinique vit à 80% de dons. Les ressources propres
proviennent des consultations, qui sont payantes au prorata des revenus
du patient. La clinique accueille aussi bien des Népalais que des
expatriés, personnel des ambassades occidentales ou séjournant dans le
monastère proche (où vit Matthieu Ricard). Enfin, les examens effectués
par le laboratoire procurent quelques revenus.
Vendredi 8 décembre : Nous prenons le petit déjeuner chez Badri, qui a construit une maison
entre Balaju et Swayambunath, en lisière de Ring Road. Nous sommes
heureux de le revoir en bonne forme.
Après cette dernière rencontre, il est grand temps de faire nos
dernières emplettes et de boucler nos sacs, car le taxi vient nous
chercher vers 15h30 : c’est que l’avion qui nous emmènera à Doha est
plein comme un œuf, en raison du grand nombre de Népalais allant vendre
leur force de travail dans les Emirats. Il faut donc se rendre tôt à
l’aéroport pour être sûr d’embarquer. Ganesh nous accompagne jusqu’à l’aéroport. Nous le quittons, avec
émotion et gratitude, en pensant bien le revoir d’ici 3 ans...
Nous sommes contents de notre voyage : tout le séjour s’est bien passé ;
nous avons pu constater que nos partenaires sont toujours à l’oeuvre,
enthousiastes, que la demande est toujours là, que les Népalais
travaillent dur pour améliorer leurs conditions de vie.
Nous sommes heureux des perspectives de paix qui laisse présager une
poursuite plus sereine de notre petit programme, que nous sommes - bien
sûr ! -déterminés à continuer.
Merci à tou(te)s pour votre soutien.
Pour AFPN,
Françoise Halbwachs
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