Voyages, témoignages . . .

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Texte de dernier voyage de Novembre 2004

 

03/01/2005

Aux membres et sympathisants d’Aide à la Formation Paramédicale au Népal
Récit du voyage effectué en décembre 2004 par Gisèle Rottigni, Marie-Noëlle Ertlen, Marie Goument, Luc Oerther et Françoise Halbwachs

Cher(e)s Ami(e)s,

Comme vous le savez, cinq membres ou sympathisants de l’association AFPN se sont rendus au Népal en Décembre, pour un séjour de trois semaines. Parce qu’ils aiment ce pays, parce qu’il est bon de voir "de visu" où en sont nos programmes d’aide, non seulement pour témoigner de notre soutien à nos partenaires locaux mais aussi parce que nous avons des comptes à rendre auprès des donateurs grâce auxquels cette aide est réalisée. Il s’agissait aussi de voir si le contexte de guérilla maoïste permet la poursuite de notre programme.

Vous savez qu’il se décline en plusieurs modes, de l’attribution de bourses d’études d’infirmier(e)s sur les sites de Gorkha et de Jiri, à l’aide à l’école de Paudwar, par la branche "Cop’s" des lycéennes de la région mulhousienne, en passant par l’aide au fonctionnement du dispensaire d'Hokse et l’aide au programme de développement sanitaire par le commerce équitable à Gorkha. Auxquelles s’ajoutent le financement des études de médecine de Prakash Shah, l’aide au financement des études de "bachelor of nursing" d’Heera Subedi et enfin l’aide personnelle apportée en médicaments et en argent à une femme membre de notre association partenaire "Human Welfare".

Ça fait beaucoup d’entretiens et de visites, échelonnés sur 3 semaines!

Nous allons dérouler notre récit dans l’ordre chronologique... En voiture!

Or donc, ce lundi 29 novembre, nous prenons la route en fin d’après midi, direction gare de Baden Baden, d’où un train confortable et rapide nous mène directement à Francfort. Là, Marie, Luc et Françoise retrouvent Gisèle et Marie-Noëlle, venues de Bâle. Nous transportons dans nos bagages, pour les artisanes de Gorkha, un ordinateur, fourni gracieusement par l’association Strasbourgeoise Humanis, ainsi qu’une imprimante donnée par une amie. Ce qui fait la bagatelle de 40kg de bagages, dont 30kg en soute, sur les 100kg dévolus à notre groupe par la compagnie aérienne, la Qatar. Mais nous ne sommes pas en excès, chacun de nous ayant restreint ses propres bagages à 12kg en moyenne.

 

Kathmandu


Le voyage se passe bien et nous atterrissons à Kathmandu le 30 novembre, dans l’après midi.

 

Nous prenons nos visas à l’aéroport, récupérons nos bagages et passons la douane sans même nous arrêter.
Nous sommes accueillis avec des colliers de fleurs par notre ami Ganesh Gurung, guide, qui a affrété un véhicule 8 places, ainsi que par notre ami Badri Bahadur Maskey, qui nous héberge dans sa propre maison, où nous arrivons à la nuit tombée, après avoir traversé une Kathmandu surencombrée, sur empoussiérée, dans un concert de klaxon.

Mercredi 1er décembre: Ganesh règle les démarches administratives (permis de circuler dans le parc des Annapurnas, enregistrement de nos coordonnées à l’ambassade de France -ce peut être utile en cas de problème grave nécessitant l’envoi de secours), organise l’intendance (location d’un véhicule pour nous rendre à Gorkha puis à Nayapul) et nous invite chez lui, dans un village localisé à la périphérie de la Vallée, où vivent son épouse et sa fille, sur un site d’élevage de poulets. En effet, lorsqu’il ne guide pas les touristes, Ganesh nourrit 600 poules: il commence sa journée à 5h du matin, distribue l’eau et le maïs 3 fois par jours, récolte les oeufs des poules pondeuses; sa journée s’achève à 22h, pour un salaire mensuel de 2500 roupies (environs 30 euros) en étant logé sur place, lui et sa famille, dans une pièce d’environ 10m2. Les poules, elles, sont logées dans deux grands hangars où elles peuvent cavaler assez librement.

En fin d’après midi, de retour chez Badri, nous retrouvons Mr Deepak Upadhyay, notre interlocuteur d’"Human Welfare Association".
Il nous informe de l’état du programme de financement des bourses sur le site de Jiri: ça "roule", nous nous rendrons dans cette école d’infirmière, située à 170km à l’est de Kathmandu, à la fin de notre séjour, avec lui. Le dispensaire d’Hokse fonctionne bien, grave aux subventions accordées fin 2003 par le Conseil Général d’Alsace et le Conseil Régional, auxquels nous avons des comptes tout à fait précis à rendre -et nous sommes là pour cela aussi; nous nous rendrons également à Hokse, en fin de séjour.
Il me confie 14000 roupies (150 euros), reliquat de l’aide à l’installation des deux infirmières de Paudwar , Shanti Tilija et Til Kumari Purja, formées à Jiri il y a 2 ans, en me recommandant de bien vérifier si ces infirmières ont utilisé de façon appropriée les 850 euros déjà envoyés et travaillent correctement. Car lui-même ne souhaite pas se rendre dans le Myagdi en raison de la présence maoïste et des risques qu’il pense encourir.

 

Jeudi 2 décembre: nous partons pour Gorkha, dans notre minibus 8 places, où l’ordinateur est confortablement en sécurité, en convoi avec Badri et sa famille: son épouse Chittra, leur belle-fille Ramesh et son nourrisson, devant lequel Badri est d’ailleurs tout à fait grand père gâteau, et Sunita, une jeune fille au pair.
Mais tout d’abord nous sommes arrêtés par une manifestation pacifique:
aujourd’hui est un jour de fête newar et plusieurs dizaines de jeunes gens vont, à moto, se rendre à Pokhara, "pour la paix nationale". Une cérémonie a lieu, juste dans la rue adjacente à celle de la maison de Badri. Des femmes en costume newar, sari noir à bordure rouge, offrent des fleurs, une petite coupelle de rakshi (alcool local), un oeuf dur et un minuscule poisson frit qui se mange comme une chips, aux participants et aux spectateurs, dont nous sommes. En fait, la population népalaise se mobilise assez massivement pour dire, aussi bien aux maoïstes qu’au Roi: "stop! ça suffit! Assez de violence!".
La route est magnifique, il fait grand beau, les paysages escarpés laissent voir ça et là, loin derrière, les immenses sommets enneigés.
Après quelques milliers de virages et quelques carcasses de véhicules entre aperçues sur le bas-côté, nous parvenons à Gorkha. Nous sommes à nouveau hébergés par Badri.
Nous déballons l’ordinateur: alléluia, il fonctionne! Mais le logiciel, Linux, est en français, ce qui n’est pas approprié. Le clavier également, ce qui décontenance un peu Badri, habitué au clavier américain (tant pis!). La procédure pour fermer le programme est un peu compliquée, nous suivons les instructions fournies et tout se passe bien. Hélas, le lendemain, une fausse manoeuvre de Badri plante définitivement la bécane. Le disque dur sera remporté à Kathmandu, où un informaticien parviendra à "déboguer" la machine. Badri installera un autre logiciel, voire "échangera" la bécane contre une autre plus puissante afin qu’elle soit utilisable par la coopérative artisanale pour la gestion des stocks et celle des commandes.
En passant, l’ordinateur n°1, transporté courageusement par Michel Jerrman en avril et destiné à "Human Welfare" a "bogué" de la même manière; Deepak étant moins débrouillard que Badri, l’ordinateur traîne dans un coin en attendant des jours meilleurs. Nous recommandons à Deepak de solliciter les compétences de Badri en la matière pour rendre cet ordinateur opérationnel.
Nous nous promettons d’informer Humanis du triste sort des ordinateurs si généreusement offerts: les équiper de logiciel en version anglaise à défaut de l’espéranto, langue internationale néanmoins trop peu connue, la plupart des pays en voie de développement n’étant pas francophones; les réserver peut-être à des programmes de formation à l’informatique, les bécanes étant peu puissantes...

Vendredi 3 décembre: après un petit déjeuner copieux, le temps toujours magnifique, nous partons nous promener à travers Gorkha. Nous escaladons le flanc de montagne pour parvenir à l’ancien palais royal, d’où la vue est dégagée sur le Ganesh Himal, au nord. Nous avons une pensée pour Tachi Dordje Lama, un des premiers étudiants à avoir bénéficié d’une bourse, originaire des contreforts du Ganesh Himal, qui travaille dans le "sub health-post" de son village, là-bas, à 10 jours de marche de Gorkha. Badri nous dit que cette zone est désormais tenue par les maoïstes, mais que ces derniers ne touchent pas aux structures de soins, et que Tachi va bien.
Puis nous nous rendons à l’école. Nous rencontrons le Principal, Monsieur Bal Krishna Pandey. Il a une formation de Health Assistant, vient de Chitwan, Teraï, est travaille à Gorkha depuis un an.
Pour mémoire, les études proposées à Gorkha durent 16 mois; la condition d’inscription est d’être titulaire du SLC (grosso modo équivalent baccalauréat) ; elles comprennent une partie théorique et une partie pratique, par sessions alternées de 6 semaines. Le volume horaire est de 42 heures par semaine. L’examen, qui est national, donne le diplôme de "Community Health Assistant".
Depuis 1996, AFPN finance le montant de 5 bourses, que Badri répartit entre 10 élèves, tant la demande est grande.
Nous rencontrons les élèves désireux d’obtenir une bourse: ils sont 14 (sur une promotion d’une vingtaine). Nous leur rappelons la philosophie de l’association et les critères d’attribution, en insistant sur l’engagement à s’installer ultérieurement en zone reculée et l’incapacité à faire face au financement des études. Nous élargissons les perspectives en évoquant les spécificités des professions de soins.
Nous visitons l’école, la bibliothèque et la salle de travaux pratiques, chichement dotée d’un matériel pédagogique rudimentaire.
Après la visite de l’école, nous rencontrons les élèves de la promotion précédente, qui sont en train de passer leur examen final.

Après le déjeuner, un bon daal-baat préparé par Chittra, qui règne sur la vie domestique du foyer, nous nous rendons au local de la coopérative des artisanes.
La coopérative s’inscrit dans un montage piloté par le "comité pour le développement" ou "development committee", présidé par Badri, et comprenant des sous-comités, dont le "comité du tourisme" auquel est affilié le groupe des artisans ("handicraft group of Gorkha"), coordonné par Mlle Kamala Shresta.
Les produits bruts de la vente se répartissent comme suit:
60% paient la matière première et le travail des producteurs
10% partent dans les frais d’emballage et de transport des marchandises (jusqu’à Kathmandu)
10% alimentent le Comité du Tourisme, qui fournit le local et couvre les frais de fonctionnement de la boutique, boutique de présentation des produits et de vente, mais aussi lieu d’information touristique de Gorkha.
10% servent à rémunérer Kamala, que la gestion de la boutique occupe à temps plein
10% sont dévolus au financement du programme de sanitation (installation de fontaines et de latrines)
Ce qui signifie en passant que le volume des ventes devrait dépasser 500 euros par mois pour que la boutique puisse tourner. AFPN achète pour un montant de 300 euros par an depuis quelques années. Notre groupe est d’ailleurs chargé de rapporter la commande effectuée en 2004, soit 25kg de chapeaux, sacs et tambours...
L’affiliation au réseau de "commerce équitable" népalais, envisagée pour simplifier la distribution, n’a pas été réalisée en raison d’un coût prohibitif: ponction de 20% supplémentaire.
La coopérative comprend une quinzaine d’artisanes, qui tissent, tricotent ou cousent chez elles. Il n’y a pas de manufactures de production, contrairement à Kathmandu, où les magnifiques objets vendus dans le cadre du commerce équitable sont fabriqués dans des ateliers qui emploient des ouvrières, à des conditions plus favorables que celles offertes usuellement dans le pays (c’est à dire meilleures conditions de travail, aide à la scolarisation des enfants, aide à la prise en charge des soins médicaux des familles).
Un site web est en cours de réalisation, grâce au travail bénévole d’un ami féru d’informatique, pour permettre une meilleure distribution de la production.

Samedi 4 décembre: nous partons en milieu de matinée vers Pokhara puis Nayapul. Il s’agit de nous rendre à Paudwar, où nous devons rencontrer Shanti et Til Kumari, infirmières, ainsi que vérifier où en est la construction du nouvel internat de l’école.
Gorkha, situé à 1500m d’altitude, est en plein soleil, mais la vallée est dans la brume. Après avoir traversé la mer de nuage, nous voilà dans la grisaille, jusqu’à proximité de Pokhara où tout se dissipe. Après un déjeuner au bord du lac, nous enchaînons en prenant la route de Beni.
La construction de cette route a commencé fin des années 80. J’en ai vu les premiers travaux, vers Pokhara. En 199O, la "tête de pont" avait atteint Kusma, mais elle n’était ouverte à la circulation que jusqu’ après Lumle, et encore n’était-ce qu’une mauvaise piste. En 1996, les taxis roulaient jusqu’à Baglung. En 2002, elle avait rejoint Galeshwar. Les bull étaient à 3O minutes de Galeshwar, les cantonniers armés de dynamite, de barres à mine et de pelles quelque part entre Galeshwar et Beg Khola. Maintenant, les 4x4 arrivent jusqu’à Beg Khola, et la "tête de pont" atteint Tipliyang. Ca ne vous dit peut être rien, mais pour moi c’est très émouvant de voir ce mince ruban s’insinuer petit à petit dans la vallée étroite de la Kali Gandaki: en 1985, de Tatopani à Pokhara, il fallait 3 jours. J’ai vu ainsi partir une femme jeune, enceinte, exsangue, portée à dos d’homme dans un panier. Elle saignait, je n’aurais pas parié 1franc sur sa vie (mais elle s’en est sortie). Maintenant, il ne faut plus que 5h de marche et 4h de taxi: soit une journée, à peine.
Ce qui me frappe à présent, alors que notre véhicule passe le col de Kahre, c’est de voir avec quelle vitalité la forêt, considérablement abîmée lors de travaux de construction, s’est à présent restaurée.
C’est une véritable joie.

Nous atteignons Nayapul, 1000m. C’est là que nous devons retrouver Boblu, le cheval qui doit porter Marie-Noëlle, que ses propres pieds ne peuvent soutenir sur de longues distances, son écuyer, Biru et Aïshing Gurung, notre porteur. Tout ce petit monde est au rendez-vous. Boblu est un cheval blanc, sellé magnifiquement de beaux tapis népalais. Nous remercions notre chauffeur et nous nous mettons en route. Après une demi-heure de chemin facile le long de la Modi Khola, nous parvenons à Birethanti, notre première étape.

Dimanche 5 décembre: Après une bonne nuit et un bon petit-déjeuner, nous entamons doucement la montée du col de Gorépani, le long de la Burungdi Khola. Le temps est magnifique et frais. Le chemin, constitué par des escaliers aux marches inégales, ne se prête pas à l’équitation, et Ganesh, Aïshing et Biru ne sont pas de trop pour aider Boblu à progresser. Notamment entre Tirkekdunga et Ulleri, 700 m de dénivelé d’une traite en un escalier géant. Nous cheminons tranquillement et atteignons sans anicroche en fin d’après-midi le village d’Ulleri, 2000m, notre deuxième étape, où nous attend un bon daal-baat.

Lundi 6 décembre: le ciel, découvert, nous permet le coup d’oeil sur l’Hiunchuli, et nous reprenons notre route vers le col de Gorépani.
Nous voici bientôt dans la forêt de rhododendrons, sombre et humide. Le chemin est plus facile. Petit à petit, le temps se couvre et nous atteignons Gorépani dans le brouillard. Nous sommes à 2800m et il fait froid. Nous allons dans un hôtel confortable, équipé pour héberger Boblu. Et nous nous régalons d’un bon daal-baat.
Nous ne rencontrons aucun maoïste.

Mardi 7 décembre: nous partons vers 5h du matin, en direction de Poon Hill, à 3194m, pour assister au lever du soleil sur les sommets. Là, le paysage est magnifique et la vue s’étend du Gurja Himal, à l’ouest, au Lamjung Himal à l’est, en passant par le Dhaulagiri, le Tukuche Peak, le Nilgiri, l’Annapurna nord, l’Hiunchuli, la Macha Puchare. Nous redescendons à Gorépani et, après le petit-déjeuner, reprenons notre chemin. Nous descendons dans la forêt de rhododendrons. Là encore, je suis étonnée et heureuse de constater que la déforestation ne s’est pas aggravée depuis 1985.
Quelques milliers de marches plus bas A Sikha-le-Haut (2000m), nous déjeunons d’un bon daal-baat puis quittons le chemin de randonnée pour nous diriger vers Paudwar. Nous descendons 100m vers le fond de la vallée, traversons la Ghar Khola. Dieu merci le pont, partiellement détruit il y a 3 ans, a été réparé, permettant le passage de Boblu. De l’autre coté, nous remontons raide: Paudwar se trouve à même hauteur que Sikha. Nous atteignons notre destination en fin d’après-midi et logeons chez notre ami Babu-Ram Pun, le fils de Kin Suva et de Jag Bahadur. Babu Ram est commerçant et a aménagé sa maison de façon à pouvoir accueillir quelques personnes de passage.

Mercredi 8 décembre: nous commençons cette journée de visites par la fromagerie que Gyan Bahadur, alors directeur de l’école de Paudwar, a fait construire il y a quelques années dans le but d’améliorer les ressources de l’école et de fournir du travail aux agriculteurs. Le fromage est vendu aux lodges, de Gorépani à Dana. Cette fromagerie a occasionné des soucis sans nombre à Gyan Bahadur.
D’abord parce qu’il avait fait venir des "saonris", des petits yacks femelles, dont la moitié avait crevé car les pâturages contiennent des plantes vénéneuses pour les petits yacks (mais pas pour les adultes).
Le fromage de yack produit était fort goûteux, mais les pâturages à yack sont situés 2000m au dessus de Paudwar, car les yacks aiment l’altitude. Donc les yacks ne sont plus dévolus au fromage, mais à la boucherie. En outre, les népalais attribuent au sang frais de yack des vertus médicinales. 2 fois par an, les personnes souhaitant en boire montent dans les pâturages, où les yacks sont saignés. J’avais assisté à une de ces séances en 1989, au dessus de Tsang, dans le nord de la Kali Gandaki. Deux fois dans la journée, on se saisit d’un yack, on lui incise la jugulaire, on remplit quelques verres, une dizaine, puis on relâche le yack. Il faut boire rapidement ce breuvage tiède et fade, sans quoi il coagule. Après quoi, sourire de vampire! Donc le fromage produit actuellement est fait à partir de lait de vache.
Ensuite parce que le chauffage du lait (à 60°) nécessite une grande quantité de bois. Mais il y a maintenant, sur le toit de la fromagerie, des chauffe-eau solaires permettant de porter l’eau à 55°C, ce qui permet de réduire au tiers la consommation de bois.
Enfin, l’affinage du fromage doit se faire en cave à température de 8 à 14°C. Or la température de la cave avoisine les 20°. Il a fallut faire un circuit de refroidissement par eau et une meilleure isolation.
Il faut 12 litres de lait pour faire un kg de fromage, vendu à environ 300 roupies (4 euros) le kg; la fromagerie produit chaque jour 2 petites meules de 2 à 3 kg chacune.

Nous nous rendons ensuite sur le chantier de l’internat. L’école de Paudwar assure l’enseignement jusqu’en classe 10 et attire de nombreux élèves, certains devant faire plusieurs heures de marche dans chaque sens pour s’y rendre. Un internat permettant de loger une 20ène d’élèves existe déjà (grâce à l’aide de filles de Singapour) mais il est insuffisant. En 2002, Gyan Bahadur avait fait part du projet de construire un nouvel internat, dévolu aux filles et sa demande avait été transmise aux lycéennes de Mulhouse, Marion, Jessalynn et Hélène, ainsi qu’à un de leur professeur, Mr Philippe Pierrel. Le devis s’élevait à 3000 euros. Ces lycéennes, qui à un moment s’était appelées "les Cop’s", ont intégré l’AFPN, laquelle leur a fait une place spécifique, et ont réussi à collecter la somme requise. Celle-ci a été envoyée ce printemps et les travaux ont pu commencer.
Tout d’abord, d’importants travaux de terrassement ont été réalisés, préalablement à la construction du bâtiment. Il s’agissait d’établir une plate-forme stable de 5-6 mètres de large: il a fallut grignoter la montagne pour faire de la place. Chaque villageois a donné quatre jours de travail pour évacuer la terre et transporter les pierres, y compris Gyan Bahadur et les enseignants.
Le bâtiment fait environ 20m de long sur 4 de large et comprend 5 pièces, dont chacune hébergera 4 étudiantes. Les murs externes sont faits en pierres de taille, les cloisons intérieures de bambou tressé revêtu de ciment: c’est moins épais que les murs de pierres, ça permet d’économiser de la place. Le sol est en cailloux; une chape de ciment doit le recouvrir. Le toit est en tôle ondulée. Les fenêtres seront vitrées et protégées par des grilles, sauf sur l’arrière, où il y aura des volets. Le plafond en bois, n’est pas encore posé.
Une cabane de tôle comprenant 3 toilettes dites "turques" a été construite en amont du bâtiment. Une fontaine doit encore être aménagée ainsi que les escaliers d’accès.
Les élèves popoteront dans leur chambre. Néanmoins il est question de construire un coin cuisine, peut-être à la place de l’internat provisoire, une baraque de tôle et bambou comprenant 3 pièces, érigée pour parer au plus pressé.
Au total, un chantier en bonne voie d’achèvement: bravo, les Cop’s!

En début d’après midi, nous rendons visite à Shanti Tilija et Til Kumari Purja. Elles ont préféré n’ouvrir qu’un cabinet de consultation où elles travaillent en se relayant. Leur local est constitué de 2 salles minuscules meublées l’une d’une table et d’une chaise et l’autre d’un lit d’examen. le long du mur, des étagères chargées de médicaments: des antibiotiques (cotrimoxazole, amoxicilline/acide clavulamique, quinolones, tétracyclines, gentamycine), du paracétamol, des anti-inflammatoires et des vitamines. Du matériel à usage unique: des gants, des seringues, des aiguilles, de quoi faire des pansements et des sutures. Quelques flacon de sérum physiologique et des tubulures, un stéthoscope, un otoscope.
Elles tiennent un registre de consultation: elles voient quelques patients tous les jours, entre 5 et 10, ont pratiqué quelques accouchements et ont dû réaliser une épisiotomie.

Puis nous sommes invités à une cérémonie de bienvenue, qui a lieu dans la grande cours de l’école. Gyan Bahadur fait toujours partie du comité de l’école mais a pris sa retraite. La direction est désormais assurée par Madame Tham Maya Pun. Tous les membres du comité sont là. Nous recevons des colliers de fleurs, apportés par de jeunes élèves.
Puis viennent les discours; Gyan Bahadur commence, pour nous remercier, pour exposer les difficultés auxquelles le village est confronté, en particulier le problème du départ des jeunes, pour exposer les projets concernant l’école. Car le prochain grand projet est sa reconstruction; il est vrai qu’elle est vétuste et menace par endroit de s’effondrer.
D’autres membres du comité prennent la parole. Puis Marie fait également un petit discours, que je traduis, dans lequel nous disons notre émotion devant leur courage à s’échiner pour améliorer les choses. Puis suit le programme culturel avec tout d’abord des danses villageoises anciennes puis des danses plus modernes au son de chants soutenus par un harmonium. Ne voulant pas être en reste, nous entonnons "à la claire fontaine" (nous aurions dû nous entraîner avant, mais les Népalais sont bon public!).

Jeudi 9 décembre: Shanti et Til Kumari nous offrent le petit déjeuner, du lait chaud et des galettes, dans la salle de la bibliothèque. Nous bavardons et la conversation porte sur les langues internationales. Quelle ne fût pas ma surprise et mon enchantement lorsque j’entendis Gyan Bahadur non seulement mentionner l’espéranto mais encore le volapuk!
Nous quittons Paudwar en fin de matinée et descendons vers Tatopani par le chemin de Ghara, moins raide que le chemin direct, par lequel Boblu n’aurait pas pu passer. Babu Ram nous accompagne pour nous montrer la route, à travers les terrasses, dans un paysage somptueux, jusqu’à ce que nous ayons retrouvé le chemin de trek.
Nous parvenons à Tatopani, au Trekker’s Lodge en fin d’après midi. Les chambres sont spacieuses et confortables. L’hôtel continue à s’agrandir, malgré une conjoncture peu favorable au tourisme.

Vendredi 10 décembre: aujourd’hui les maoïstes ont décrété "Nepal Bandha" dans tout le Myagdi. Les magasins de Tatopani sont fermés.
Marie et Luc partent vers Muktinath; ils ont bien raison, cette région est si belle! Gisèle, Marie-Noëlle et Françoise se reposent: bain dans les sources chaudes, lessive, visite aux amis, Nirmala, Thamati, Laxmi. Visite au dispensaire de Tatopani. Le "health assistant", Ganesh Khadka, nous demande de l’aider à trier des médicaments laissés par une association belge -les notices sont en français. Depuis 8 ans, cette association avait un programme scolaire dans le village de Bhurung, situé au dessus de Tatopani. Les maoïstes sont venus et leur ont demandé de l’argent, alors les Belges sont partis en laissant des médicaments pour le dispensaire.

Samedi 11 décembre: Marie Noëlle a été réveillée cette nuit par du bruit dans le jardin de l’hôtel: elle aperçoit des dizaines d’hommes en arme qui vont et viennent. Au matin, ces hommes sont toujours là. Ce sont des militaires et des gens des forces spéciales. Nous partons tôt, car nous souhaitons atteindre Pokhara ce soir. Mais les militaires, eux aussi, partent vers Tipliyang. Ganesh nous recommande de marcher ou devant la troupe, ou derrière, mais surtout pas au milieu, car en cas d’attaque par les maoïstes, ce serait sans pardon. Les militaires marchent à la queue leu leu, en ménageant un intervalle d’une dizaine de mètres entre chaque soldat. Nous les laissons passer. Le chemin est agréable jusqu’à Tipliyang, puis devient périlleux au niveau des travaux de construction de la route dont nous atteignons la tête de pont. La Kali Gandaki roule ses flots puissants quelques dizaines de mètres en contrebas...
Après Beg Khola, nous empruntons la route, piste non asphaltée qui sert de terrain de jeux à quelques jeunes motards. La marche est sûre et facile et Marie-Noëlle bénéficie enfin de conditions confortables à l’équitation. Nous croisons quelques 4x4 surchargés. Poussière et klaxon. Nous parvenons sans encombre à Galeshwar, où c’est fête: le village est envahi par une foule nombreuse. Puis nous atteignons Beni, où nous attend notre taxi. Nous faisons nos adieux à Biru et Boblu, qui poursuivront à pied et nous embarquons. La nuit tombe alors que nous arrivons à Kusma. Poursuivant notre route, nous distinguons les lumières d’une centrale électrique. Les villages environnants sont tous électrifiés: à voir tous ces points lumineux dans la montagne, on se rend compte qu’elle est fort peuplée et que l’habitat est dispersé.
Nous arrivons à Pokhara bien tard, vers 20h. Le chauffeur apprend à Ganesh que les maoïstes ont assassiné 3 militaires à Pokhara, alors qu’ils rentraient chez eux, sans armes, leur service fini, quelques jours auparavant.

Dimanche 12 décembre: nous rentrons à Kathmandu par un bus "touristique". En fait, il est arrivé que des militaires en civil prennent un bus local, que les maoïstes le sachent et qu’ils attaquent le bus en question. D’où carnage. C’est pourquoi Ganesh nous a si vivement encouragés à prendre un taxi. Tant les militaires que les maoïstes semblent avoir le parti pris de laisser les touristes en dehors du conflit. Et dans un taxi la blancheur de notre teint est évidente. A défaut de taxi, les petits bus dit "pour touristes" font l’affaire. En fait, ces petits bus sont l’équivalent de la "première classe": plus confortables: on n’admet pas les gens debout, et plus rapides. Quant à vous certifier qu’il n’y entre aucun militaire en civil... ça me parait impossible... mais bon!
Toujours est-il que nous atteignons Kathmandu sans encombre, en fin d’après midi.

Lundi 13 décembre: dès l’aurore, le 4x4 de l’école de Jiri vient nous chercher à domicile. Le directeur nous l’a dépêché à la demande de Deepak, que nous prenons au passage. Là encore, ce choix est dicté pour des raison de sécurité. Le bus local est arrêté à plusieurs postes de contrôle, tous les passagers doivent descendre pour être fouillés par les militaires; le trajet, 170km environ, prend 12h. En 4x4, nous passons en nous arrêtant à peine. Nous mettrons 7h. Dès la rivière Bhote Koshi traversée, nous ne voyons plus grand monde. La route est bonne mais étroite, elle escalade la montagne sur 1000m de dénivelée avant de redescendre d’autant. Puis la route traverse une zone tenue par les maoïstes: de la rivière Tama Koshi à la crête qui domine le village de Namdu, nous n’apercevons plus aucun soldat, plus personne, en fait, tandis que le chauffeur égrène la liste des incidents et des combats survenus dans cette zone.
Nous arrivons à Jiri, en début d’après midi. Nous sommes accueillis chaleureusement par Monsieur Shiva Hari Dhakal, le Principal de l’école. Monsieur Diwat Shrestha, que nous avions rencontré en 2000 puis en 2002 a été nommé ailleurs. Monsieur Dhakal nous fait un exposé sur l’école de Jiri. les Suisses, qui ont fondé l’école en 1980, sont à peine mentionnés: ils font partie de l’Histoire et le Principal doit faire face aux difficultés présentes, c’est à dire la diminution des financements gouvernementaux. Il n’y a plus d’aide fournie par d’autres associations que la nôtre, les Suisses se sont complètement retirés du projet.
Après nous avoir fait visiter les lieux et rencontrer les élèves du secteur sanitaire bénéficiant d’une bourse, le Principal nous demande d’en accroître le nombre à 7 ou 8 par an. En effet, il est chaque année obligé de renvoyer quelques élèves incapables d’assumer le coût de leurs études.
L’école est fort bien tenue; malgré le désengagement des Suisses, les locaux et le matériel sont bien entretenus. Nous retrouvons les mannequins Suzanna et Johanna ainsi que les pelvis et les poitrines en caoutchouc sur lesquels les élèves infirmières apprennent les examens cliniques. Nous visitons aussi le centre de PMI attenant à l’école, propre et bien équipé, où les élèvent apprennent à peser les enfants, à surveiller leur croissance et à les examiner. Ce centre est aussi destiné à informer les mères qui s’y rendent de tout ce qui concerne la santé: l’hygiène, l’alimentation, les vaccination, la prévention.
Puis nous visitons l’hôpital. Il comprend16 lits. L’équipe se compose de deux médecins, tous deux absents au moment de notre visite, et de quelques infirmières, dont une originaire de Jiri et formée à l’école, sur qui repose l’essentiel du travail. L’hôpital est pauvre, les matelas sont éventrés. On y fait de la petite chirurgie mais guère plus. Il faut aller jusqu’à Banepa, localisée en bordure de la vallée de Kathmandu, pour se faire opérer.

Mardi 14 décembre: nous prenons la route du retour, toujours dans le 4x4 de l’école. Nous emmenons avec nous une enseignante de l’école ainsi qu’un examinateur du "Council for Technical Education and Vocational Training" venu faire passer des examens aux élèves et qui rentre chez lui. Il habite Kathmandu et sa femme est infirmière dans un dispensaire de la périphérie sud. Il doit revenir à Jiri dans quelques jours pour terminer son travail.
En passant à Charikot, nous nous rendons à un temple proche, fameux car il s’y trouve une pierre étrange, qui transpire, et ceci est de très mauvaise augure: cette pierre a transpiré en 1996 et il y a eu le début de l’insurrection maoïste; elle a à nouveau transpiré en mai 2001 et la famille royale a été massacrée, et maintenant elle transpire à nouveau. En même temps, nous assistons à une cérémonie de mariage. Il y en a beaucoup en ce moment: c’est un mois fort propice.
Nous atteignons Kathmandu en fin d’après-midi. Lorsque nous arrivons, la maison est pleine d’invités: le fils de Badri, Firoj, qui est étudiant à Londres, se marie au temple le lendemain avec une jeune femme newar de l’est du pays. La cérémonie durera deux jours, et ce soir, les hommes de la famille se réunissent et mangent de la viande en buvant du whisky.

Mercredi 15 décembre: ce matin, Firoj se rend au temple où il passera toute la journée. Nous sommes conviés à nous y rendre vers 16 heures. Il est bien habillé, en costume sombre avec cravate. Il a coupé ses cheveux, qu’il avait à son arrivée de Londres coiffé en catogan, et rasé sa barbichette. Il arbore un magnifique "topi". Les femmes, elles, ont revêtu des saris vraiment somptueux, de couleur rouge et or.
Nous profitons de notre journée pour déménager à l’hôtel Shakti où Marie et Luc, de retour de Pokhara, doivent nous rejoindre. Nous sommes contents d’aller à Thamel, bien plus pratique pour se balader en flânant. Nous allons à la poste, envoyer notre courrier, et passons chez le tailleur récupérer nos habits neufs, des pendjabi coupés sur mesure pour Marie-Noëlle et Françoise, Gisèle ayant opté pour le sari.
Car il convient d’être "chic" pour aller à la noce, et les restrictions de bagages imposées par le transport de l’ordinateur nous ont fait laisser en France nos tenues de soirée...
A 16h, nous sommes devant le temple Maïti Devi, un fort beau temple hindou situé à l’est de Kathmandu. Nous apercevons un cortège de femmes: il s’agit de la jeune épousée et de sa belle famille. La petite troupe fait le tour du temple, puis nous nous rendons dans un cour attenante où les invités festoient.
Le soir, nous retrouvons Marie et Luc, enchantés de leur séjour dans le bas-Mustang.

Jeudi 16 décembre: le 4x4 de Jiri vient nous chercher à l’hôtel.
Deepak s’y trouve déjà. Nous nous rendons au dispensaire d’Hokse, situé près de la ville de Panchkhal, à l’est de Kathmandu, au delà de la Vallée.
Ce dispensaire a été crée il y a 3 ans à l’initiative de Mr Shakti Balah Adaki, ancien professeur de l’école de Jiri. Nous avions obtenu des subvention de la part du Conseil Général et du Conseil Régional et nous sommes là pour nous assurer du bon usage de l’argent envoyé.
Le dispensaire est régi par une association, la PPCDC: "People Participation Community Development Center", dont tous les membres sont bénévoles. Le local, comprend deux pièces. le dispensaire emploie 3 personnes: un infirmier "Health Worker", employé à raison de 4h par jour, 6 jours par semaines, une infirmière "Assistant Nurse Midwife", qui travaille 7h par jour, 6 jours par semaine et un peon (concierge), qui vit et dort sur place. L’équipe assure des consultations au dispensaire, intervient dans les écoles pour y examiner les élèves et leur dispenser des cours d’éducation sanitaire et va dans les communautés avoisinantes pour enseigner aux villageois les conseils d’hygiène de base, les méthodes de planification familiale et les mesures de prévention du SIDA.
Les patients déboursent 5 roupies pour chaque consultation et reçoivent les médicaments gratuitement. La pharmacie du dispensaire contient des antalgiques et des anti-inflammatoires, des vermifuges, quelques antibiotiques, quelques médicaments à visée pneumologique et cardiologique.
La fréquentation quotidienne est de 15 à 25 personnes.

Le grand projet des membres du PPCDC est la construction d’un local approprié. L’endroit est déjà trouvé et nous nous y rendons. Le terrain serait donné par la municipalité. Il est situé à proximité d’une source d’eau claire réputée pure. les membres de l’association coltineraient les pierres. Le coût s’élèverait à 200000 roupies, soit 2200 euros.

Nous rentrons à Kathmandu où, après avoir enfiler nos habits neufs, nous nous rendons à la "party" organisée pour le mariage de Firoj. Les mariés trônent sous un chapiteau. Ils sont entourés de leur famille proche et reçoivent les invités qui arrivent un après l’autre, les saluent en leur exprimant des voeux de bonheur et déposent leurs présents avant de s’éparpiller dans la cour. Des serveurs portant des plateaux chargés de boissons et d’amuse-gueule divers se succèdent.
Après la tombée de la nuit, un buffet chaud offrant des mets délicieux est ouvert dans un coin de la cour, où les invités se rendent par petits groupes. Nous rentrons d’assez bonne heure.

Vendredi 17 décembre: Chacun vaque selon son humeur. Marie Noëlle, qui est aussi membre de l’association mulhousienne Keta-Keti, dont l’objectif est l’aide aux enfants des rues, va apporter du matériel, des stylos et des puzzles, à l’orphelinat de Sahara, situé à l’est de Kathmandu. Cette maison, tenue par Madame Shah et sa fille Kamala, accueille une dizaine d’enfants. Marie-Noëlle est très bien accueillie et passe une excellente après midi avec les enfants, qui sont en bonne forme et joyeux.
Marie, Luc et Gisèle visitent Patan, où sont fabriqués les statuettes de bronzes typiques de l’art newar.
Après avoir déjeuné avec Clotilde, qui vit au Népal depuis 17 ans, et qui m’informe de choses et d’autres concernant la situation politique du pays, je retourne chez Badri pour prendre livraison de notre commande d’artisanat: elle remplit un sac "grand modèle" et pèse 25kg... dont 4 tambours pour Keta-Keti.
En soirée, Prakash Shah, qui suit des études de médecine depuis novembre 1999 à la faculté de Kathmandu-Kirtipur, vient nous rendre visite. Les études de médecine de base (MBBS) durent 5 ans et demi. S’ensuit un stage pratique d’un an, durant lequel les étudiants sont plus où moins bien rémunérés: dans certains hôpitaux, ce sont même eux qui doivent payer pour avoir le droit de travailler... Prakash est un étudiant brillant et nous fait part de son souhait de se spécialiser en gynécologie obstétrique à l’issu de ce stage. Ce sera à reconsidérer en temps voulu, en tenant compte de la philosophie de l’association, axée sur le développement des régions reculées.

Samedi 18 décembre: Journée de repos, nous nous promenons à Bakhtapur avec notre ami Ganesh.

Dimanche 19 décembre: Clotilde m’emmène voir Heera Subedi: Heera a été une des premières élèves à avoir bénéficié d’une bourse de formation d’"assistant nurse midwife" de la part d’AFPN. Elle a travaillé à l’hôpital de Kusma, puis a suivi la formation de "staff nurse". Après avoir réussi ce diplôme, elle a continué à travailler à Kusma. Afin de progresser, elle s’est inscrite à une formation au "bachelor of nursing". Le "bachelor of nursing" est un super infirmier, qui a des qualifications médicales et administratives supérieures. Ses compétences sont comparables à celles du médecin (MBBS).
Heera a intégré une école privée et celle-ci est fort coûteuse. Elle a sollicité (entre autre) l’aide d’AFPN, qui lui a accordé une subvention de 1000 euros, dont Clotilde gère la transmission. Elle escomptait travailler à l’hôpital de Kathmandu afin d’avoir quelques subsides, mais cette possibilité lui est interdite pour des raisons administratives. Heera nous remercie de l’aide que nous lui apportons, car devenir "bachelor of nursing" est son grand projet et nous ne pouvons que nous réjouir de ce que des gens compétents travaillent dans les hôpitaux de ce pays. Elle ne nous demande pas d’aide supplémentaire, mais selon l’avis de Clotilde, il faudrait poursuivre...

Lundi 20 décembre: dès l’aube, Ganesh vient nous trouver à l’hôtel.
Le taxi qui doit nous emmener à l’aéroport est déjà là: il a passé la nuit dans la cour du Shakti. Aujourd’hui, c’est Nepal Bandha, les bus locaux ne circuleront pas. Mais à cette heure matinale, nous parvenons sans encombre et rapidement à l’aéroport, le coeur un peu serré. Mais, bah, ce n’est qu’un "au revoir" !

Ce n’est qu’un "au revoir", nous allons poursuivre nos efforts: voir nos partenaires gardé une telle foi en l’avenir, une telle envie d’améliorer les choses, construire encore, malgré la menace et l’incertitude: vivre en homme debout, en somme, quelle leçon!

Merci à tous pour votre soutien.

Pour AFPN, Françoise

 

 

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